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Samedi 11 juin 2005
 
 
 
Le procès du père François Lefort, un prêtre de 59 ans soupçonné de viols sur mineurs, a été brièvement suspendu ce matin à Nanterre après la déposition dŽun témoin qui a porté de fausses accusations contre lŽune des victimes présumées.
Ce témoin, une femme se présentant comme une bénévole du Secours catholique, sŽest manifesté spontanément et a mis en cause lŽun des jeunes hommes qui aurait été violé au Sénégal par le prêtre, figure des milieux humanitaires dans les années 1970 et 1980.
Cette femme a affirmé que le jeune plaignant avait effectué dans la matinée, en sa compagnie, des démarches en vue dŽobtenir en France le statut de réfugié.
Elle accréditait ainsi la défense du prêtre, qui soutient que ses accusateurs mentent dans lŽespoir dŽobtenir des avantages matériels.
LŽavocat général François Auféril a fait immédiatement remarquer que ce récit était manifestement faux, puisquŽil avait personnellement vu le jeune homme devant la salle dŽaudience au moment où il était censé effectuer les démarches dénoncées.
LŽavocat du père Lefort, Me Jean-Yves Liénard, a admis avoir également vu le jeune homme dans un café juste avant lŽaudience.
LŽavocat général a alors déclaré quŽil se réservait dŽengager des poursuites pour faux témoignage.
LŽaudience a ensuite sombré dans la confusion, la présidente de la cour, Sabine Foulon, faisant expulser un membre du comité de soutien du prêtre qui sŽen prenait verbalement aux jurés.
Avant de suspendre lŽaudience, la présidente a menacé dŽune mesure identique la soeur de lŽaccusé, Elisabeth Dufourcq - qui fut secrétaire dŽEtat dans le gouvernement Juppé - qui injuriait à lŽaudience les cinq jeunes Sénégalais qui accusent le père Lefort.
"Je nŽaccepterai aucun mot ordurier ! Le prochain regard, cŽest une expulsion", a dit la présidente à lŽex-secrétaire dŽEtat.
La cour devait entendre les enfants dans la journée.
Le prêtre, actuellement curé dŽune paroisse rurale de Saône-et-Loire, est accusé de viols et dŽagressions sexuelles en 1994 et 1995 dans un foyer près de Dakar et à son domicile de Neuilly.
Les plaignants sont six jeunes Sénégalais, dont cinq sont présents à la cour dŽassises des Hauts-de-Seine.
Le père Lefort, qui clame son innocence, encourt jusquŽà vingt ans de réclusion criminelle. Il comparaît libre avec le soutien de dizaines de personnalités.
A la barre lundi, il sŽest dit victime dŽune machination, selon lui la conséquence dŽun livre sur le génocide rwandais quŽil a publié en 1995.
Par REUTERS - Publié dans : PROCES PERE LEFORT
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Samedi 11 juin 2005
 

NANTERRE (AFP) - Le père François Lefort des Ylouses, jugé depuis lundi par la cour dŽassises des Hauts-de-Seine pour viols de mineurs, a conseillé vendredi à une victime en larmes de "consulter un psychologue", avant de se lancer dans des considérations générales sur la pédophilie.

Le père Lefort, 59 ans, a défendu à nouveau vendredi la thèse dŽun complot fomenté par Moussa Sow, le directeur du foyer dŽenfants des rues de Rufisque (Sénégal), où se seraient déroulés certains viols et agressions sexuelles qui lui sont reprochés.

LŽaudition de M. Sow, prévue vendredi, a été reportée à lundi.

Vendredi, une victime présumée de viols, Maguette D., demande "pourquoi" Lefort a "agi ainsi".

Le père Lefort, face à Maguette en larmes : "Je ne comprends pas pourquoi il est ému en parlant de choses qui nŽont pas existé. (...) Il faudrait demander à un psychologue".

Une autre victime, Ibrahima D., lance au prêtre : "Tu dis que nous sommes influencés, que nous sommes payés (par Moussa Sow, ndlr). (...) Tu es un menteur. Et si tu ne te repens pas, tu peux être sauvé ici, mais tu brûleras éternellement". Le père Lefort clame son innocence, comme il lŽa toujours fait.

La présidente Sabine Foulon : "Monsieur Lefort, jŽai une certaine expérience des pédophiles. En général, ils ne reconnaissent pas les faits".

LŽaccusé: "Oui, le seul moyen de guérir dŽune pédophilie, cŽest de la reconnaître. (...) Ce serait catastrophique pour les enfants que je sois pédophile et quŽaujourdŽhui je ne reconnaisse pas ce que jŽai fait. Car ce serait la seule manière pour les jeunes et pour moi de sŽen remettre".

Les généralités sur la pédophilie se poursuivent plusieurs minutes entre la présidente et Lefort, puis bifurquent sur le mensonge.

"Le plus dur, ce nŽest pas de dire +jŽai fait ceci ou cela+, cŽest de dire quŽon a menti. (...) Quand des gens mentent depuis 10 ou 15 ans, cŽest extrêmement dur de dire quŽon a menti", lâche le père Lefort.

Selon lui, les difficultés à reconnaître des mensonges viennent notamment du regard des proches, "mais lŽobstacle le plus fort à mon avis, cŽest lŽorgueil. (...) Car si jŽavouais, est ce que vous croyez que mes amis mŽabandonneraient?"

Le père Lefort assure ensuite: "Je cherche à dire la vérité depuis le début, même si jŽai pu me tromper sur certains points".

La présidente, dŽune voix douce : "Chacun peut avoir sa vérité. Il y a des gens qui disent des choses fausses parfois et sont convaincues de dire la vérité". Il acquiesce, se rassoit en se rongeant les ongles.

Depuis lundi, les débats ont pointé de nombreux mensonges et contradictions dans les affirmations du père Lefort, notamment sur sa vie passée de croisé anti-pédophile. "Lefort sŽest créé un personnage très fort", prêtre médiatique, médecin et écrivain engagé, mais "dŽun autre côté, il est assez trouble, (...) un peu en trompe-lŽoeil", avait estimé un enquêteur mardi.

Jeudi, cinq victimes sur les six concernées par ce procès -des garçons âgés de 11 à 15 ans au moment des faits en 1994 et 1995- ont témoigné devant la cour, en larmes pour certains.

Deux garçons ont accusé le père Lefort dŽavoir proposé des relations sexuelles quŽils ont refusées. Les trois autres lŽont accusé de viols et dŽagressions sexuelles. Le sixième garçon, emprisonné au Cap-Vert, nŽa pu être transféré en France pour le procès.

Le verdict, prévu le 21 juin, sera finalement rendu le 24 juin à cause de retards pris à lŽaudience.
Par AFP - - Publié dans : PROCES PERE LEFORT
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