Stacy et Nathalie : on craint un scénario à la Dutroux ou à la Fourniret
LIÈGE 1. Stacy Lemmens, 7 ans, et Nathalie Mahy, 10 ans, disparaissent, la nuit du vendredi 9 au samedi 10 juin, à Liège, à l´issue de la Braderie folle du quartier Saint-Léonard (laquelle n´aura sans doute plus lieu l´an prochain, NdlR).
2. Nul ne peut préciser quand les petites ont disparu. Les enquêteurs déplorent une “incertitude” d´1h30. Les parents réduisent le battement à “au maximum 10 minutes”, le temps pour Catherine Dizier (maman de Nathalie) de se rendre à la toilette. La police est prévenue à 3h01.
3. Où ? Stacy et Nathalie jouaient près du podium monté devant le café Aux Armuriers, pas dans la rue Saint-Léonard mais bien rue Goswin. Trois adultes jetaient de temps en temps un regard. Catherine Dizier, convient qu´elle ne pouvait pas toujours voir ce qui se passait derrière le podium, à cause d´une bâche. La rue Goswin ayant été rouverte, comme la rue Saint-Léonard, un véhicule aurait pu s´approcher. A un moment, Thierry Lemmens, qui s´était parqué rue Goswin, est sorti des Armuriers pour chercher des cigarettes et en profite pour déplacer la voiture et la garer rue Saint-Léonard devant le café. Son premier réflexe sera de penser que les petites les attendent près de sa Mazda 323 bleue.
4. La mystérieuse Chrysler noire. Le patron du café évoque la présence d´une Chrysler noire dont le coffre était ouvert. Tout a été vérifié : c´est la première fausse piste.
5.Est-il plausible que les petites aient pris l´initiative de s´éloigner ? Non, selon les parents qui décrivent Nath et Stas comme plutôt craintives : elles ont grandi avec l´affaire Dutroux et la rue Goswin est déserte et mal éclairée. Ce témoignage d´une fillette de
8 ans qui les aurait vues devant l´hôtel Bedford quai Saint-Léonard, ils n´y croient pas du tout. De là à être affirmatif ? Tant d´enlèvements d´enfants – Élisabeth Brichet près de chez elle; Loubna Benaïssa en ville, en plein midi d´été; et le petit Mathias tout récemment en France en pleine fête de village – prouvent que les pédophiles actifs ont tous les tours. Rue Goswin, aucun cri n´a été entendu. Les parents disent que les enquêteurs leur ont dit que si les petites avaient été kidnappées, c´était par deux ravisseurs et un produit a été utilisé.
6. Abdallah Aït Oud, 38 ans. Contre lui : pédophile, psychopathe; présent sur les lieux, un alibi en partie invérifiable : le suspect idéal. En outre, une cliente du café (DH d´hier), Valérie, dit l´avoir vu près des filles sur le podium. En sa faveur : Abdallah s´est livré (il est vrai après deux jours, s´être rasé, avoir usé d´un faux nom et s´être débarrassé des souliers qu´il portait le vendredi soir). En sa faveur aussi : pas l´ombre d´un élément matériel et résister aux auditions (Dutroux a craqué après 48 h).
7. Les fouilles : la Citadelle, le quartier St-Léonard, la Chartreuse, le pont des Bayards, plus de 40 véhicules retirés de la Meuse : rien ! Mais le Grand Liège est si étendu : tout est loin d´avoir été fouillé.
8. La piste familiale ne pouvait pas ne pas être envisagée. Elle ne se vérifie pas même si depuis le week-end, les auditions comme témoins des parents se multiplient.
9. Les pédophilesdu quartier Saint-Léonard (élargi); au moins 12 ont été inquiétés : rien.
10.Principe de base : ne rien exclure. Mais bien des hypothèses s´éloignent. L´accident avec la Meuse, à 250 m au bout de la rue Goswin : le fleuve n´a ramené aucun corps. Depuis le début, la double fugue est tenue pour invraisemblable. Et ce quartier truffé de bâtiments désaffectés : tous ont été retournés. Chaque jour, une hypothèse se renforce : de(s) prédateur(s) de type Fourniret-Dutroux.
Réconfort royal pour la maman de Nathalie
LIÈGE “C´était plus fort que moi. Il fallait que je le fasse. Je n´ai pas réfléchi. Mais j´en ai quand même parlé à mon avocate.” Maman de Nathalie et belle-mère, au fond, de Stacy, Catherine Dizier, hier après-midi, n´en revient pas. “Je sortais du palais et d´avoir rencontré le juge et le procureur. C´était au tour de Thierry Lemmens puisqu´on veut nous voir séparément. A voir la foule, j´ai compris que le Roi et la Reine et la Reine des Pays-Bas ne devaient pas être loin. C´était un trop bel hasard. Mon avocate ne m´a pas dit non. J´ai couru à la voiture pour y prendre des affiches Verdwenen de Stacy et Nathalie. Je me suis approchée du Protocole. Je me suis présentée. Et j´ai expliqué que j´aimerais parler au Roi et à la Reine. On m´a dit d´attendre : on allait voir si c´était possible. Je n´y croyais pas. Quand le Protocole est revenu, c´était Oui. “Difficile de dire si Catherine est plus impressionnée par l´accueil réservé par Albert et Paola… ou l´incongruité – aurait-on dit en d´autres circonstances – de sa démarche. “Je n´avais rien prévu. J´étais en jeans et pull beige : trop tard pour changer…” La Reine des Pays-Bas n´a pas assisté à l´entretien. “Le Roi et la Reine m´attendaient dans un très beau salon du Palais des Princes Évêques. Je crois avoir serré la main. Je ne sais pas qui a parlé en premier mais j´ai pu dire ce que j´endure depuis 14 jours. J´ai dit tout le bien que je pensais de la justice et de la police et que ça se voyait que tout le monde faisait le maximum et que ça nous aidait à tenir. Est-ce le Roi ou la Reine ? L´un d´eux a regardé les affiches et a dit : Elles sont si mignonnes, ces enfants”. Catherine a pu retenir son émotion. Le couple royal, dit-elle, était incroyablement préoccupé. “J´ai fait une demande précise : ils m´ont promis que je pouvais compter sur eux”. Cette demande ? Les Pays-Bas sont à 25 minutes d´autoroute. Alors, Catherine Dizier voulait profiter de la présence de Beatrix pour lui demander de sensibiliser les Pays-Bas à la disparition des petites. En quittant Leurs Majestés, Catherine, requinquée, croisait encore un ancien copain de classe devenu collaborateur du ministre Reynders. Là, fini le protocole. Elle s´est autorisée à lui faire la bise.
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