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Lundi 27 juin 2005
    Les interrogatoires des accusés au procès de pédophilie dŽAngers, qui se sont achevés vendredi, nŽont pas permis de faire toute la lumière sur ce vaste dossier, faute dŽaveux complets et en raison des non-dits, des contradictions et des mensonges qui ont émaillé les débats. La 18e semaine de ce procès-fleuve, le plus grand jamais organisé en France par le nombre dŽaccusés (66), sera marquée par les plaidoiries des parties civiles à partir de lundi, puis par les réquisitions jusquŽà vendredi devant la cour dŽassises de Maine-et-Loire. Le verdict dans ce qui constitue la plus importante affaire de pédophilie et dŽinceste mise au jour en France - des faits de proxénétisme et une centaine de scènes de viols et agressions sexuelles sur 45 victimes présumées, entre janvier 1999 et février 2002 - ne devrait pas être connu avant le 20 juillet. Dès les premiers jours de lŽaudience, qui sŽest ouverte le 3 mars, de nombreux accusés ont montré dŽimportantes difficultés pour sŽexprimer, voire simplement comprendre les questions qui leur étaient posées. A de rares exceptions près (une assistante sociale et un journaliste notamment), les personnes jugées présentent en effet un potentiel intellectuel très en-deçà de la moyenne, voire relevant de la »débilité légère» selon les experts. La vie chaotique, minée par lŽalcool et les violences familiales, de beaucoup de ces accusés nŽa souvent été évoquée que par bribes à la barre. Les témoignages des travailleurs sociaux, soupçonnés par la défense de dysfonctionnements dans cette affaire - la plupart des mis en cause faisaient lŽobjet dŽun suivi par les services du département - nŽont pas toujours permis non plus de mieux cerner le parcours des accusés. »Menaces» Pour connaître la parole des enfants, les jurés ont dû ensuite se contenter du visionnage des auditions, parfois pauvres en informations, des victimes présumées, enregistrées durant lŽenquête et lŽinstruction. En raison de leur jeune âge et des traumatismes subis, ces mineurs - qui sont souvent les enfants des accusés - nŽont pas déposé à la barre. Seul un jeune homme de 18 ans - lŽunique majeur - est venu devant la cour, faisant dŽailleurs des déclarations plutôt confuses. Dans ce dossier où les charges tiennent avant tout aux dénonciations entre adultes, les interrogatoires étaient très attendus. Au fil des déclarations des accusés à lŽaudience, trois groupes à peu près équivalents en nombre se sont distingués: ceux qui ont confirmé leurs précédents propos, ceux qui ont fait des aveux a minima et ceux qui ont nié en bloc. Les femmes se sont souvent révélées plus loquaces - plus »courageuses», a estimé un avocat des parties civiles - que les hommes, qui ont souvent fait état de »menaces» proférées par dŽautres accusés à la maison dŽarrêt pour expliquer leurs silences. Exprimant une »déception incontestable» face aux dénégations et aux mensonges à peine camouflés des principaux accusés - Franck, Eric, Didier R. -, Me Alain Fouquet relative cependant: »Je mŽattendais à 60 dénis. Ce nŽest pas le cas». Certains avocats de la défense, de leur côté, estiment que le procès dŽAngers nŽa pas permis de cerner tous les contours du réseau, qui a selon eux dŽautres ramifications. »Des vrais pédophiles, il nŽy en a peut-être que 5 sur 66 ici. Le moteur de ce dossier, cŽest lŽargent, ce nŽest pas la perversion sexuelle. On a été amené à dire à ces gens quŽils pouvaient en gagner facilement. Mais qui ?», sŽest interrogé Me Pascal Rouiller, conseil de cinq accusés.
par Tageblatt publié dans : PROCES D'ANGERS
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Mercredi 15 juin 2005
La cour dŽassises du Maine-et-Loire a procédé vendredi à lŽinterrogatoire sur le fond de Didier R., lŽun des principaux accusés du procès de pédophilie dŽAngers qui se tient depuis début mars. Déjà condamné à plusieurs reprises pour des agressions sexuelle, lŽhomme a tenté durant toute lŽaudience de nier sa culpabilité, sans vraiment convaincre la cour.

Agé de 33 ans, Didier R. comparaît pour viols et agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, corruption de mineurs et proxénétisme aggravé en bande organisée. Il se présente à la barre avec beaucoup dŽaplomb. Les cheveux très courts, il porte un jean et une veste de survêtement. Durant toute lŽaudience, il va garder la même posture, jambes écartées face à la barre, les mains dans le dos et annonce aussitôt au jury : «Je nŽai rien à voir dans cette affaire, je nie du début à la fin.»

Pourtant, dès le début de son interrogatoire, les premières contradictions apparaissent. Les questions portent dŽabord sur ses sources de revenus et ses dépenses. Entre 1999 et 2001, à lŽépoque des faits qui lui sont reprochés. Didier R. a travaillé une quinzaine de mois et percevait une allocation adulte-handicapé de 3.000 FF par mois. Mais durant cette même période, et notamment pendant la grossesse de sa femme, il fréquentait assidûment les bars à hôtesses dŽAngers, «Le Spot», «La Chamade», «Le New wave», «Le Feeling»... Autant dŽétablissements où il commandait à chaque fois une bouteille de champagne pour les filles. Ses dépenses ont été évaluées entre 6.000 et 12.000 FF par mois par les enquêteurs.

Didier R. explique devant la cour que lŽargent provenait de la «carte Pass» de son père. Le président lui fait observer: «on peut penser que lŽargent provient dŽailleurs puisque vous répondez du crime de proxénétisme aggravé». «Quel crime? JŽai tué personne.», rétorque Didier R.

Plus tard, le président lŽinterroge sur les viols et agressions sexuelles quŽil est soupconné dŽavoir commis sur plusieurs petites victimes. Le petit Geoffroy notamment lŽa désigné comme «un méchant qui lui a fait du mal avec les doigts». Lors de son examen médical, lŽenfant présentait effectivement des traces de lésions anales. Pour Didier, «tout ça cŽest faux. Je sais que cet enfant, il a eu des problèmes quand il était jeune», avance-t-il pour se défendre.

Les enfants T. lŽont également dénoncé, Elizabeth lŽa décrit comme «un gros crado» et le petit Maxime a dit quŽil lui avait fait «des câlins sur le zizi» et avait «pris des photos». A ce stade, Didier R. est obligé de reconnaître que les trois enfants T., ses voisins, venaient souvent dormir chez lui. «CŽest vrai que des fois, ils dormaient dans notre lit, et avec ma femme, on se faisait des câlins».

Tout au long de son interrogatoire, Didier R. nie pourtant avec véhémence tous les faits qui lui sont reprochés. LŽavocat général, Yvan Auriel, lui demande alors: «Pourquoi y a-t-il autant de personnes qui portent des accusations contre vous?». Pour lŽaccusé, lŽexplication est simple, il sŽagit dŽun «complot». «Pourquoi est-ce quŽils complotent contre vous?», poursuit le magistrat. Explication de lŽaccusé: sa voisine, Nadine T. lŽaccuse car elle ne voulait pas quŽil déménage à lŽépoque. Quant à Patricia, qui aurait été la trésorière du réseau, «elle est folle», assène-t-il.

LŽavocat général ne sŽen tient pas à ces explications, il veut savoir pourquoi les enfants lŽont accusé. «Ils ont été poussés par les avocats», répond Didier R, qui nŽhésite pas à dénoncer les autres accusés pour tenter de se défendre. Il affirme ainsi que Cyrille T., le père dŽElizabeth et Maxime, lŽa menacé de mort au cours du procès.

LŽinterrogatoire sur le fond des accusés doit se poursuivre la semaine prochaine avec notamment lŽaudition dŽEric J. soupçonné dŽêtre à lŽorigine du réseau de pédophilie qui a sévi de 1999 à 2002. La cour, qui a déjà interrogé la majeure partie des 66 accusés, souhaite terminer les interrogatoires le 23 juin au soir.
par AP - Stéphanie Lacaze publié dans : PROCES D'ANGERS
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