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L´acte II de l´épilogue de ce qu´il est convenu d´appeler l´ « affaire Lefort » s´est joué, le samedi dernier, à Dakar. Après vingt-et-un jours de procès, qui n´a pas manqué de charrier des passions de toutes sortes, il s´est donc agi pour le collectif des victimes, de retour de Nanterre (France), de faire le point de la situation.
L´instruction de cette affaire, démarrée en décembre 1995, a vu passer trois juges d´instruction, qui ont ainsi permis de démontrer que les indices de soupçons flagrants retenus au départ sont véritablement des faits accablants. En dépit du contexte hostile (médiats englués dans des thèses racistes), le verdict de huit ans d´emprisonnement rendu par la Cour d´Assises, semble avoir laissé un goût amer d´inachevé. L´important pour ceux qui avaient porté le combat jusqu´à Nanterre, c´est que le Droit ait été dit.
Moussa Sow et Me Issa Diaw, véritables acteurs de ce combat, ont précisé d´emblée que ce n´est pas par triomphalisme qu´ils ont décidé de revenir sur les péripéties d´une affaire de pédophilie, qui n´en est pas moins récurrente au Sénégal. Les vingt kilogrammes de dossiers donnent une idée sur leur travail. Pour Moussa Sow de l´ONG « La Voix de l´Enfant », placé au cœur de la controverse éclaboussant actuellement les humanitaires, la partie n´a pas été aisée. Du fait d´un « déséquilibre criard », la partie civile a eu à entamer les auditions dans des conditions susceptibles de rendre sceptique. À l´en croire, Lefort, qui s´était toujours battu contre sa traduction devant les juridictions compétentes, n´a pas lésiné sur les moyens de mener une campagne à travers une association de comité de soutien.
Ainsi, dans une tentative de déplacer l´axe de contradiction, ils (Lefort et ses partisans) se sont évertués à porter le débat sur le terrain du racisme. Ce qu´il résume sous la formule « jeunes Noirs contre un homme blanc ». Tous les jours, l´association de soutien de Lefort prenait ainsi d´assaut la salle d´audience. Comme si le drame psychologique, vécu par les enfants, ne suffisait pas. Pis, « ils applaudissaient même des témoins, ce qui est inhabituel dans un tribunal », a fulminé Me Issa Diaw. Faisant planer une atmosphère insidieuse au niveau du prétoire et que les victimes ne pouvaient vivre sans déchirement intérieur. Face à une telle situation, la présidente de la Cour a, de l´avis de Me Diaw, fait preuve de beaucoup de perspicacité et de courage en faisant face « à toutes les tentatives de blocage, de sabotage » émanant du camp de Lefort.
L´implication des autorités françaises
Considérant le verdict comme une « reconnaissance de la parole des enfants », Moussa Sow a soutenu que, même si la demande de l´avocat préconisait quinze à vingt ans, il demeure évident que « justice a été rendue ». C´est dire que le 24 juin, à vingt-trois heures, lorsque les jurés ont fini de délibérer, la culpabilité du père Lefort se trouve démontrée à la face du monde. Car en se constituant partie civile dans une procédure qu´ils n´ont pas initiée, les enfants, ayant fait l´objet de sévices sexuels, ont pu ainsi témoigner grâce à l´assistance de l´État français. « La France avait même commis d´office des avocats pour les défendre au cas où ils n´en auraient pas », a laissé entendre l´avocat. En clair, du point de vue de la procédure, le procès a quand bien même suivi son cours normal.
L´indemnisation, d´un montant global de quatre-vingt-seize mille euros (près de 65 millions de francs Cfa) environ que recevront les victimes, loin d´effacer les séquelles, n´en pose pas moins la question de la prise en charge clinique au sens psychanalytique. Quand on sait que l´enfance est généralement considérée par les psychologues comme l´ancêtre commun à tous les hommes, il n´est pas certain que s´ils ne bénéficient pas de suivi digne de ce nom, la résurgence d´une telle « expérience » ne puisse être évitée. D´où la nécessité de franchir ce palier, en leur permettant de « s´arracher » de leurs traumatismes.
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