"C'est l'Islam qui m'a amené à la question de Dieu", a affirmé lundi à la cour d'assises des Hauts-de-Seine le prêtre-médecin, François Lefort des Ylouses, jugé pour viols et agressions sexuelles sur six enfants sénégalais dans les années 90. Parler de lui n'est pas un exercice difficile pour cet homme de 59 ans, dont le visage d'un blanc poudreux est rehaussé par un costume sombre avec, au revers le la veste, un ruban de la légion d'honneur et une croix. "Jeune bourgeois de Neuilly", il découvre à 15 ans la réalité des bidonvilles de Nanterre sur les ruines desquels le tribunal de grande instance de Nanterre et la cour d'assises qui le juge ont été construits. L'un des premiers choc. "J'ai voulu donner ma vie pour les plus pauvres". En 1968, il est au séminaire, puis trois ans plus tard, il se trouve en Algérie où il effectue sa coopération. En 1976, il sera l'un des derniers prêtres à être ordonné sur place. En même temps, il suit des études de médecine à Alger. François Lefort déroule sa vie comme d'autres un parchemin. Conseiller technique en 1982 au secrétariat d'Etat chargé des Travailleurs immigrés, il en démissionne deux ans plus tard, le gouvernement n'ayant pas résorbé les cités de transit comme il s'y était engagé, assure-t-il. Sa première rencontre avec "le monde des réseaux pédophiles", le prêtre la date de 1985. A Java, il rencontre un pédophile français qui lui parle du "réseau Spartacus". S'il sait captiver un auditoire, François Lefort sait aussi le perdre avec ses digressions et incessantes circonvolutions. On lui donne les coordonnées du chef du réseau, John Stamford, un "bandit de haut vol" qu'il rencontre à Amsterdam. L'homme lui fournit des revues, explique qu'il peut fournir à un client un enfant dans l'heure... Explications alambiquées dans lesquelles le prêtre se perd lui-même. Ce monde horrible, François Lefort ne veut plus en entendre parler. "C'était un combat par devoir". Il s'en va en Mauritanie où s'engage auprès des enfants des rues. Puis le Zaïre, le Rwanda et le Sénégal où la fondation Raoul-Follereau, dont il est secrétaire général, ouvre un foyer pour enfants des rues à Rufisque. Les accusations dont il fait l'objet sont, à l'entendre, l'oeuvre du directeur du foyer de Rufisque, Moussa Sow. Cinq de ses six accusateurs lui font face, certains se font traduire ses propos par un interprète. "Moussa Sow est le point focal de cette affaire", tempête le prêtre. "Ni à Djibouti, ni au Brésil, il n'y a eu de problèmes. Il y a juste avec Moussa Sow. Au départ, les enfants avaient peur de lui. Maintenant, ils sont intéressés par des questions financières". Dans la matinée, la cour d'assises, présidée par Sabine Foulon, a procédé à l'appel des 95 témoins appelés à défiler à la barre. Avant le tirage au sort du jury, une dizaine de jurés a demandé à la cour d'être dispensé de siéger en cas de tirage au sort. Demandes refusées à deux exceptions près: une femme trop âgée et une seconde expliquant ne pouvoir être impartiale dans une affaire de pédophilie présumée. L'affaire a démarré en juillet 1995 avec le dépôt d'une plainte par un administrateur de l'association "La Voix de l'Enfant" auprès de la brigade des mineurs de Paris. La plainte dénonçait des abus sexuels commis par le prêtre au Sénégal, mais également à son domicile de Neuilly-sur-Seine lors de tournées de conférences avec les enfants en France. Le procès doit durer jusqu'au 21 juin. L'accusé, aujourd'hui curé de campagne en Saône-et-Loire, risque vingt ans de réclusion criminelle.
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