Vous voulez que je vous raconte une histoire ? J'aime bien les histoires. Je vais vous raconter celle de mon papa.
Il est gentil mon papa. Il collectionne les timbres et il connaît plein de gens. Des fois il est triste aussi, parce que ma maman elle lui dit des choses du genre qu'il fait rien dans la maison.
Alors pour aller mieux il me fait un petit câlin, il dit que je suis sa fille chérie et qu'il m'aime et qu'il faut pas que quelqu'un me fasse du mal un jour parce qu'il m'aime tellement qu'il serait capable de le tuer.
Moi j'aime bien quand il me fait un câlin. Après il est moins triste. Des fois même il me fait aussi des guilis. C'est rigolo. Il y en a qu'il a pas le droit de faire mais je dis rien parce que sinon il va aller en prison il a dit.
Moi je veux pas que mon papa il aille en prison. C'est mon papa.
Il a dit aussi que des fois il y a d'autres papas qui font ça mais que ceux-là ils font vraiment mal alors c'est la preuve qu'ils aiment pas leurs enfants.
Bah oui, lui, il m'aime.
Ca fait longtemps maintenant que c'est comme ça. J'ai 10 ans. Je lui ai demandé pourquoi on faisait des choses comme les grands, il m'a dit que quand j'avais 6 ans on a pris un bain ensemble, je l'ai chatouillé entre les jambes et ça lui a plu, alors il a continué.
Ah, c'est moi qui ai commencé alors.
Le problème c'est que je voudrais bien que ça s'arrête mais je sais pas comment faire. Ca va trop loin et c'est trop souvent. Et puis j'ai mal dans mon coeur, je dors pas bien du tout, et j'ai perdu tous mes copains au collège parce que je râle tout le temps.
Je demanderais bien à quelqu'un de m'aider mais je participe à tout ça, donc c'est de ma faute. Comment le dénoncer puisque je suis aussi coupable que lui ?
Il m'a montré comment faisaient les grands pour que ça fasse du bien. Il y a même plein de fois où j'ai aimé ça.
Alors quoi ?
J'attends. Et je pleure en silence. Et je récapitule : c'est tout ma faute, j'ai commencé et j'aime ça.
NON !!!
Elle est pas bien mon histoire. Elle s'arrête là.
J'ai 15 ans et la Police, les psys, les amis m'entendent là où je pensais ne jamais trouver le moindre soutien.
J'ai 17 ans, et la Justice m'entend à son tour. Ca veut dire : lui coupable, moi victime. Exactement l'inverse de ce que j'ai toujours cru.
J'ai parlé et le calvaire est fini. Il fallait que je sauve ma peau, pas facile, mais c'était un mal plus que nécessaire.
C'est pas ma faute parce que je savais pas et je pouvais pas savoir. Je pouvais pas connaître autre chose que ce qu'on m'avait appris. Et puis l'autorité paternelle, c'est pas rien, ça...
J'ai commencé mais c'était à lui de dire non. D'ailleurs, ai-je vraiment commencé ? Pas si sûr. C'est sa version finalement...
J'ai aimé ça parce que Dame Nature m'a faite comme ça. Mais pas pour me faire du mal, ça non, j'ai le droit d'aimer mon corps, c'est pas lui le responsable. Ni moi. J'étais juste une enfant et l'homme qui aurait dû me protéger a abusé de moi.
J'ai pas dit non... Ou pas assez fort... Ou pas comme il faut... Pendant trop longtemps. Je n'avais pourtant pas l'excuse d'avoir peur de lui puisqu'il n'était pas violent. Hein ? Et le psychologique alors ? Faire du mal à un enfant et le rendre complice, c'est une sacrée violence !
Je ne pouvais pas saisir la gravité de ses actes et c'est peut-être ce qui m'a sauvée finalement. Alors, tant mieux. Même si pendant ce temps je ne me suis pas défendue, je sais maintenant avec mes yeux d'adulte que ce n'était pas si simple. Dommage que la petite fille qui est encore en moi garde cette culpabilité...
J'aimais aussi faire plaisir à mon papa... Normal pour un gosse ! Mais ce gros machin dans une petite bouche d'enfant, ces 80 kilos sur un si petit corps, cet apprentissage de la vie sexuelle avant l'âge, c'est trop.
Alors voilà pour lui : 18 ans de réclusion criminelle, dont 12 incompressibles, suppression des droits civiques, civils et de famille, et j'en passe... Pour toutes les larmes que j'ai versées pendant tant d'années. Pour tous ces souvenirs qui m'empêchent de m'épanouir sexuellement, toutes ces sensations que mon corps n'a pas oublié.
Je n'ai aucun désir de vengeance, mais il me semble important de remettre les choses à leur place. Le coupable, c'est lui. Pas moi.
Et pendant ce temps, aucun autre enfant ne verra sa vie basculer à cause de lui, à se poser la question d'une culpabilité qui n'est pas la sienne.
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