Je suis seule à savoir par quoi je suis passée, je ne veux plus me taire, je veux tout simplement aider des enfants qui souffrent de ne pouvoir rien dire, ou qui pensent tout simplement que les traitements inhumains qu'on leur fait sont normaux. Il est dur de raconter son vécu, très dur. Mais peut-être est ce la seule façon de s'en sortir. Un beau jour tout a basculé, Mon père a commencé à me prendre pour cible. Je n'étais plus un être humain, mais simplement une chose que l'on utilise pour se défouler. L'inceste n'est pas venu de suite, avant il y a eu les coups, les humiliations, la dégradation de tout mon être. Mon père m'a ficelé lentement et sûrement dans le dégoût de moi-même. Etait-il fou? Il croyait à l'ordre et à la discipline. J'ai été torturée, dominée. Il m'a arraché ma personnalité, il avait réussi à faire de moi comme il disait un déchet de la nature, un déchet terrorisé, une prisonnière, un être sans défense. Il avait un pouvoir de vie ou de mort sur moi. Des images affreuses sont toujours présentes. Parfois je narrive pas à les gérer, alors je men prends à moi. Je peux être violente envers moi-même.
J'ai aujourd'hui 40 ans et mes peurs d'enfant sont toujours là. C'était terrible, toute cette violence. Raconter ne servirait pas à grand chose, je sais tout simplement que j'ai survécu à l'innommable. Jamais je n'ai pleuré devant lui, jusqu'au jour où il abusé de moi. Les abus ont commencé à huit ans. A ce moment précis j'ai perdu les commandes de mon cerveau. TOUS les viols se sont passés dans la violence la plus extrême. Je ne mappartenais plus. Jétais dépossédée de tout mon être. Mon corps nétait quune plaie. A quinze ans je faisais ma première tentative de suicide, par pendaison. Jétais chez mes grands-parents, javais tout préparé depuis des mois. Jétais comme sur un nuage, je savais que tout allait bientôt finir (enfin). Hélas mon grand-père nétait pas dupe. Il a fait semblant de partir travailler. Jétais seule (enfin je le croyais). J'ai tout mis en place, la corde, la petite caisse pour me monter au plus près de la corde. Jai introduis ma tête dans le noeud coulant et jai donné un grand coup de pied sur la caisse, je me suis balancée au bout de cette corde dun seul coup. Jai aussitôt senti des bras qui menlaçaient les jambes et qui me remontaient pour que je respire. Cétait mon grand père, il hurlait enlève cette corde, enlève cette corde je lai écouté mais je nétais plus moi même. Javais atteint le sommun dans la souffrance. Mon grand-père pleurait et moi jétais comme un zombie. Les viols , les maltraitances ont continué, je ne mappartenais plus.
Pendant des années je me suis lavée à leau de Javel, très franchement jétais décapée, mais je voulais enlever toute cette souillure immonde, toute cette crasse.
En ce qui me concerne, j'ai toujours su que je pouvais mourir des mauvais traitements que je subissais, je savais également que je pouvais mourir de cette vérité que je portais, que je camouflais pour sauver ma famille. Je savais que cette vérité était un explosif, un danger permanent. Alors pendant des années j'ai accepté d'être traitée pire qu'un chien, parce qu'il fallait sauver la face. Je crois qu'au fond de moi je pensais qu'en acceptant ces mauvais traitements mon père m'aurait un peu aimée.
- se taire et faire comme si jamais rien ne s'était passé
- se taire et ne pas chercher à comprendre
- se taire pour SURVIVRE
Mais maintenant je commence à comprendre tous les mécanismes que j'ai mis en place pour sauver ma vie, je ne peux plus taire, ce n'est plus possible. Je dois parler de la faute de mon père, car je suis bien placée pour le faire, j'ai vu du haut de mes huit ans ma vie basculer dans un abîme profond le jour ou il a transgressé un interdit , le jour ou il a décidé de faire de moi son jouet sexuel. Alors c'est à moi de transgresser les interdits maintenant, ou je parle, ou je crève. Je veux regarder la réalité calmement en face. Je ne pardonnerais jamais à mes bourreaux, je ne ferais jamais la paix avec mon père qui m'a fait autant souffrir. Jamais je n'oublierai toute cette violence. Je veux maintenant parcourir mon histoire sans RIEN OUBLIER, MAIS DANS LA PAIX.
Cela me prendra du temps, mais pour me reconstruire je dois passer par là.
Comment se remettre d'une telle enfance? qui cicatrisera mes blessures? qui me rendra mon enfance. Cruel le monde. Cruels les adultes avec leurs peurs, leurs préjugés, leur petit confort, leur maison qu'ils protègent égoïstement envers et contre tous, refusant les drames qui existent derrière leur porte bien verrouillée. Pourtant, s'ils avaient réagi à mon monde, si seulement l'un deux avait osé rompre le mur du silence , je n'en serais pas là aujourd'hui! Monde d'indifférence et de silence, monde sans valeur, sans amour, sans tolérance, monde égoïste. Que faut-il pour le réveiller? Faut-il que des enfants continuent de souffrir, connaissent la violence, la détresse, pour que tous ces adultes ouvrent les yeux, qu'ils comprennent, qu'ils s'intéressent, qu'ils dénoncent? je ne sais pas où je vais, mais je sais ce que je fuis. Toutes les histoires ont une fin, mais cette histoire malgré la douleur, n'est jamais que la promesse d'un avenir. Il faut oser voir la vérité, qu'il n'y a vraiment pas d'autre moyen de changer la vie et que toute sagesse n'est que ce regard et cette conscience sur soi, POUR SOI.
L'enfant maltraité et délaissé est totalement seul dans les ténèbres de son désarroi et de son angoisse, environné de mépris et de haine, dépouillé de ses droits et de son langage, dupé dans son amour et sa confiance, bafoué dans la douleur, dédaigné, humilié sans guide, sans nul soutien, aveugle, sans défense et entièrement livré à la merci de l'adulte. Tout son être voudrait crier sa douleur, sa colère, exprimer sa révolte et appeler à l'aide. Mais cela, précisément, il n'en a pas le droit. Toutes les réactions normales prévues par la nature lui restent interdites. En effet, à moins qu'un témoin ne vienne à son secours, ces réactions naturelles n'aboutiraient qu'à accroître et prolonger son martyre, voire pour finir, à mettre sa vie en danger. Aussi, lui faut-il réprimer ce mouvement tout à fait sain : protester contre un traitement inhumain. L'enfant tente d'effacer, de gommer complètement de sa mémoire tout ce qu'on lui a infligé, afin de bannir de sa conscience sa brûlante révolte, sa peur, sa colère, l'intolérable souffrance, et il l'espère à tout jamais. Subsiste alors le sentiment de sa grave culpabilité personnelle même s'il a été obligé de baiser la main qui l'a frappé et de demander pardon. Ce qui, malheureusement, arrive plus souvent qu'on le croit généralement. Chez les survivants de pareilles tortures, qui ont abouti à un refoulement total, l'enfant martyrisé continue à vivre dans les ténèbres de l'angoisse, de la répression, de la menace.
Seule la douleur fait grandir, mais il faut l'affronter, ceux qui s'esquivent ou se plaignent sont condamnés à perdre. Gagner, perdre, servent à décrire une lutte silencieuse, toute intérieure. Le coeur humain est à moitié éclairé par le soleil et à moitié dans l'ombre. Vivre n'est rien d'autre qu'être conscient de cela, le savoir, lutter afin que la lumière ne disparaisse pas, vaincue par l'ombre. Méfiez-vous de ceux qui sont parfaits, de ceux qui ont des solutions toutes prêtes, méfiez-vous de tout, sauf de ce que vous dit votre coeur. Ne lâchez pas. J'ai passé des années sous la menace, les coups. La violence pour apprendre, pour calmer, pour sévir. Il y a une chose que l'on a pas réussi à faire, c'est changer les idées dans ma tête, ça c'était inaccessible. Battez-vous, tuez le bourreau dans votre tête, c'est lui le coupable et non pas vous. Vous, vous avez tout simplement subi. Il faut briser les chaînes de la maltraitance. J'ai osé.
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