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Samedi 18 juin 2005
I       La seconde semaine du procès de François Lefort, prêtre médecin accusé de pédophilie par six jeunes Sénégalais, s´achèvera aujourd´hui devant les assises des Hauts-de-Seine. Les débats se déroulent désormais sur fond de vive tension. Les pompiers sont les discrets héros du procès de François Lefort, où incidents et malaises se multiplient dans une atmosphère à couper au couteau. Au micro : Marie-José Lescop, infirmière et par ailleurs membre du comité de soutien de François Lefort. Elle avait connu l´accusé à Nouakchott (Mauritanie) en 1993. En mars 1995, la voici au foyer de Rufisque. Elle en propose à la cour une description peu ragoûtante : «J´ai trouvé les lieux sales et les enfants inoccupés. Quand j´ai voulu leur distribuer des habits, ils réclamaient des vêtements de filles, alors qu´il n´y avait que des garçons. Je n´ai pas pu visiter l´intérieur des locaux et le directeur, Moussa Sow, refusait de me recevoir. Il n´était pas très apprécié car il faisait passer son intérêt avant celui des enfants.» Moussa Sow : «Comment avez-vous eu des problèmes d´accès au foyer ? Il n´y a pas de porte !» Tour à tour, les anciens pensionnaires s´indignent, tel Ibrahima G. : «Chaque matin, les enfants devaient nettoyer. On prenait une douche matin et soir. Dire que c´était sale, c´est un mensonge.» Me Moquet, partie civile, exhume alors un «rapport» rédigé par le témoin à l´intention des enquêteurs, au début de l´affaire. Elle y décrit Moussa Sow parcourant Rufisque tel un roi fainéant, juché sur une charrette tirée par des enfants, entonnant des chants en wolof dans le cadre d´une prétendue «campagne politique». Très vite, le ton monte. Les sous-entendus potentiellement liés à cette histoire de vêtements féminins étonnent l´avocat général, d´autant qu´il n´en avait jamais été question depuis 1995. Le témoin, qui, tout à l´heure, dira à quel point elle s´est «enrichie» spirituellement grâce à ses actions humanitaires, lâche : «Pour ces enfants, le mensonge n´a pas la même valeur. Ils n´ont pas de moralité.» Ibrahima G., pour la première fois, intervient sans y être invité : «Arrêtez, s´il vous plaît ! Nous ne sommes pas des prostitués !» Mme Lescop : «Des anciens...» L´avocat général Auféril bondit : «Je demande à ce que ce soit acté». Le témoin, en perdition : «Je ne le [Ibrahima] connais pas». L´avocat général : «Et elle ajoute qu´elle ne le connaît pas !» Ibrahima, l´index levé comme un prédicateur : «On dit que nous sommes des menteurs, des prostitués, que nous sommes manipulés. C´est faux. Nous avons des rêves, des visions. Nous aimerions devenir ministres, avocats, pour notre pays.» A côté de lui, tête posée sur les genoux, poings serrés, Ousmane est pris d´affreux tremblements, comme en proie à une crise de tétanie. Brouhaha. Pompiers. Suspension. A la reprise, le témoin se trouve soumis au feu roulant des questions. L´avocat général : «Jeudi, un témoin, Mme Boutaud, nous a décrit un foyer plein de fleurs, d´oiseaux...». Mme Lescop : «Florissant, c´est vrai. Cela ne veut pas dire propre.» Les fleurs du sale, en quelque sorte... Puis, sans doute pour mieux aider M. Lefort, elle affirme : «Je n´ai jamais entendu dire que des enfants se faisaient soigner dans sa chambre. Je n´en ai pas non plus vu venir s´y faire soigner.» Dommage : l´accusé lui-même revendique haut et fort le fait d´avoir pratiqué la médecine dans sa chambre, faute d´infirmerie. Me Liénard, pour la défense et par politesse, pose quelques questions. Il s´éclipse, laissant la parole à son équipier, Me Choquet. A cet instant, la présidente Sabine Foulon demande à l´huissier d´aller vérifier qu´aucun «avocat de la défense» ne se trouve dans la salle où patientent les témoins suivants. De retour, Me Liénard s´indigne à bon droit d´une telle suspicion. Celle-ci est peu élégante à l´endroit d´un avocat qui a «trente ans de barreau» et qu´on n´imagine ni assez benêt, ni assez malhonnête, pour aller dicter des dépositions pendant que l´audience suit son cours. L´inquiétude de Mme Foulon trahit surtout, de la part d´une présidente toujours prompte à infliger à tous – en dépit du retard considérable accumulé en partie à cause d´une direction des débats mollassonne –, de petits cours de procédure pénale, une singulière erreur d´analyse : chacun, en effet, dans le prétoire, a compris que moins Me Liénard côtoie les témoins de la défense, mieux il se porte.
par LE FIGARO - publié dans : PROCES PERE LEFORT
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Vendredi 17 juin 2005
Un témoin de la défense du père François Lefort, jugé par la cour d'assises des Hauts-de-Seine, a estimé vendredi que les victimes présumées du religieux n'avaient "pas de moralité" et que l'une d'elles était "un ancien prostitué". Marie-José Lescop, infirmière de 50 ans, a estimé devant la cour que les enfants vivant dans la rue en Afrique n'avaient "pas de moralité". Les victimes présumées du père Lefort étaient, à l'époque des faits, hébergées dans un foyer d'enfants des rues à Rufisque (Sénégal). A ces mots, une victime, Ibrahima G., a lancé: "Arrêtez avec ces mots. Nous ne sommes pas des prostitués". "Si, vous êtes un ancien prostitué", a rétorqué Mme Lescop. Tollé dans la salle. "Il y a des gens qui viennent depuis le début de la semaine, et toujours j'entends +c'est des menteurs, des voleurs, des prostitués+. Arrêtez avec ça", a poursuivi Ibrahima G. Une autre victime s'est alors effondrée en larmes sur son banc, provoquant une suspension d'audience. Membre du comité de soutien au religieux, Mme Lescop, qui s'est rendue à Rufisque en 1993, avait livré un témoignage comportant des contradictions au cours duquel la présidente Sabine Foulon et l'avocat général Olivier Auferil lui ont chacun rappelé qu'elle déposait sous serment. Elle avait notamment souligné que le foyer de Rufisque, dirigé par Moussa Sow, n'était "pas du tout un foyer tenu comme les autres, il était beaucoup plus sale et les enfants étaient inoccupés". Pressée de questions, elle avait finalement lâché qu'elle n'avait "pas pu visiter le foyer", M. Sow lui en ayant refusé l'accès. Devant un juge d'instruction en 1996, elle avait évoqué un soir à Rufisque où Moussa Sow, "tel un chef, défilait dans le village, debout sur une charette tirée par les enfants". Vendredi, alors que la présidente lui demandait qui tirait la charette, elle a bredouillé: "Euh... eh bien, Moussa Sow". Moussa Sow est le principal témoin de l'accusation dans le procès Lefort.
par AFP - publié dans : PROCES PERE LEFORT
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