Le ravisseur présumé d'Enis, à Roubaix (Nord), un pédophile récidiviste, a été déféré vendredi après-midi au parquet de Lille et devrait être mis en examen par un juge pour "enlèvement de mineur et viol aggravé en récidive", a-t-on appris de source judiciaire.
Francis Evrad, 61 ans, est soupçonné d'avoir enlevé l'enfant de cinq ans mercredi vers 14H30 et de l'avoir violé dans un garage fermé à Roubaix, où il a été arrêté jeudi à 00H10 en présence de sa victime.
Il a déjà été condamné en 1975 à 15 ans de réclusion criminelle pour des attentats à la pudeur sur mineurs, en 1985 à quatre ans de prison pour des faits identiques et en 1989 à 27 ans de réclusion criminelle, dont deux tiers de sûreté, pour des viols sur deux garçons mineurs.
L'homme était sorti du centre de détention de Caen le 2 juillet après avoir purgé la totalité de sa peine.
"Il a reconnu le viol et une bonne partie des faits" qui lui sont reprochés, a déclaré à l'AFP le vice-procureur de la République de Lille, Valérie Courtalon.
En garde à vue, il aurait évoqué des "pulsions" et expliqué qu'il "ne pouvait pas s'empêcher" de commettre ces crimes, selon une source proche de l'enquête.
Au moment de son arrestation dans le garage, un réduit plein de meubles qu'il louait et où il dormait parfois, le pédophile était partiellement déshabillé et l'enfant était dénudé.
Enis était alors dans un état de "somnolence" et Francis Evrad est suspecté de lui avoir administré des somnifères, selon Mme Courtalon.
L'enfant, d'origine turque, est hospitalisé depuis mercredi soir au centre hospitalier de Lille qu'il pourrait quitter vendredi après-midi, a-t-on appris de source judiciaire.
"Il va bien. Il joue, il rit", a déclaré à la presse son père Mustafa Kocakurt, qui s'est dit "heureux" d'avoir retrouvé son fils vivant.
"Maintenant je veux qu'il oublie, qu'il ne pense plus à ça. Je veux reprendre une vie normale. Je vais l'emmener en vacances pour qu'il soit bien", a-t-il ajouté, au bord des larmes.
L'enfant vit à Roubaix avec son père, séparé il y a cinq ans d'avec sa mère, et ses grands-parents paternels.
L'interpellation de son ravisseur s'est produite deux heures après le déclenchement du plan alerte-enlèvement, relayé par de nombreux médias et grâce à plusieurs témoignages très précis.
L'affaire a relancé le débat sur le suivi des délinquants sexuels alors que Francis Evrard était placé, depuis sa sortie de prison, sous le régime de la "surveillance judiciaire" pour sa "dangerosité" car il y avait "risque de récidive".
Le pédophile devait notamment être soumis à une obligation de soins, de suivi médico-psychologique et de traitement hormonal. Ces derniers auraient dû être mis en oeuvre à compter du 24 août, date à laquelle il avait été convoqué par un juge d'application des peines.
Pour le président du principal syndicat de magistrats (USM) Bruno Thouzellier, ce régime de "surveillance judiciaire" est un "suivi souvent virtuel", "quasi inexistant" en prison et qui souffre d'un "manque chronique et scandaleux de moyens" pour gérer la sortie de détention.
Le président Sarkozy réunira lundi les ministres concernés (Justice, Intérieur, Santé) autour du chef du gouvernement François Fillon pour examiner d'éventuelles nouvelles mesures, s'inspirant en particulier "des exemples étrangers".
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