"Le mythe puissant de la pédophilie", alimenté par certains des accusés, a failli conduire l'affaire d'Outreau "à une erreur judiciaire majeure", a estimé jeudi devant la commission d'enquête parlementaire le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne.
Un mythe qui a fait sourire les députés de la commission, mais auquel s'est accroché Gérald Lesigne pour défendre le travail du parquet de Boulogne-sur-Mer et celui du juge d'instruction, Fabrice Burgaud, qu'il n'a pas accablé.
Ce dossier s'est auto-alimenté par un "peu de réalité, des faits de maltraitance sexuelle" parmi les enfants du couple principal, Myrian B., et de Thierry D., auxquels se sont ajoutés des petits éléments "à caractères anodins qui ont pu être interprétés à charge", a-t-il estimé.
"Un conglomérat de faits est devenu une vérité", a-t-il martelé, précisant que l'institution judiciaire et les services sociaux, ont considéré "la parole de l'enfant (comme) une parole de vérité", a-t-il reconnu.
Une parole dont il dit avoir douté dès 2002 quand les enfants, piliers de l'accusation, commençaient à mettre en cause n'importe qui. "Il y a une sorte de religion de la parole de l'enfant. C'est nuisible à la vérité judiciaire", a-t-il concédé.
Selon M. Lesigne, dès le début de l'affaire fin 2000, il y avait des éléments "importants" à charge. "Le pire serait de dire que le dossier était vide", a-t-il expliqué, précisant à la fin de son audition qu'il "était profondément convaincu de l'innocence" des acquittés.
Ce dossier s'est "auto-alimenté par les indications fournies par les uns et les autres et l'incapacité de tout un système à poser cette analyse", a-t-il expliqué. Et de citer la lettre dans laquelle Daniel Legrand fils dit avoir assisté au meurtre d'une fillette après une orgie.
"Cette affaire a pollué et pesé sur le dossier. On était dans une sorte d'application du principe de précaution. C'est regrettable", a-t-il déclaré aux députés pour expliquer la détention provisoire des accusés dont certains ont passé plus de trois ans en prison.
Toutes ces accusations "sont devenues une vérité dans la tête des enfants, dans celles des adultes, au sein des services sociaux et par ce biais là, une vérité au sein de tout le système judiciaire", a assuré le magistrat dont le seul regret est de n'avoir pas requis plus d'acquittement à Saint-Omer où il représentait l'accusation.
M. Lesigne est bien meilleur à l'oral que M. Burgaud, dont l'audition mercredi a été confuse et décousue. Mais ses explications, parfois trop théoriques, ont agacé les députés qui veulent du concret.
Au rapporteur Philippe Houillon qui lui reproche d'avoir modifié un témoignage anodin en témoignage à charge contre l'un des accusés, Gérald Lesigne se défend par une "sémantique inappropriée".
Pour justifier les 14 acquittements au terme de deux procès, il fait valoir la différence entre un dossier papier et l'audience, qui révèle le côté humain. Mais attendre 39 mois en détention pour obtenir un acquittement, c'est n'est pas humain, c'est inquiétant, s'alarme un député.
"Je n'ai pas eu de doutes mais des interrogations", répondra-t-il à un député au sujet du dossier. "Dans cette affaire, le mythe a été plus fort que le doute", conclura André Vallini, président de la commission.
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