Des peines allant du sursis simple à huit ans de prison ferme ont été requises mardi à l'encontre des sept accusés de l'affaire d'"Outreau bis".
Trois frères, vivant à la tour du Renard d'Outreau en concubinage avec trois soeurs, ainsi que la mère de ces dernières, sont poursuivis depuis le 3 avril devant la cour d'assises du Pas-de-Calais à Saint-Omer pour des faits supposés de viols, d'agressions sexuelles et de corruption de mineurs à l'encontre de leurs dix enfants. Les faits se seraient déroulés entre 1994 et 2001, à la même période et dans le même quartier que dans la première affaire de pédophilie d'Outreau.
Au terme de près de trois heures de réquisitoire, l'avocat général Jean-Marie Descamps a "suggéré" aux jurés de "répondre non à toute accusation de viols" et ce "au bénéfice du doute". Il a néanmoins retenu la qualification de "corruption de mineurs" à l'encontre des sept accusés.
Dans le détail, il a réclamé des condamnations pour "agressions sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans et par ascendant" à l'encontre des trois frères Didier, Patrick et Sylvain D., assorties de peines de prison ferme de huit ans pour le premier et de sept ans pour les deux autres.
A l'encontre des trois soeurs, Fernande, Fabienne et Madeleine V., le magistrat a demandé des condamnations pour "violences sur mineurs de moins de 15 ans par ascendant" et des peines de prison ferme de quatre ans pour la première et de deux ans pour les deux autres. Pour la grand-mère, Renée, il n'a retenu que la qualification de corruption de mineur et demandé une peine de prison avec sursis.
D'emblée, l'avocat général a considéré que l'affaire présente et celle d'Outreau, qui s'est terminée par l'acquittement de 13 des 17 personnes jugées en première instance, "ne sont pas liées". Selon lui, il s'agit là d'une "banale affaire d'inceste ordinaire, dans un contexte socio-économique déplorable et avec des personnes à l'intelligence liminaire". "Et comme dans tous les dossiers d'inceste", a-t-il poursuivi, "il n'y a pas de preuves matérielles. Il faut se forger une conviction personnelle à travers la parole de l'enfant".
La parole de l'enfant, justement, a été au centre des débats. Sur les dix enfants considérées comme victimes dans ce dossier, certains mettent en cause les accusés, d'autres, non. L'accusation repose essentiellement sur le témoignage de Jessica et Boris, les deux enfants du couple formé par Fernande V. et Didier D.. Ils sont également les plus âgées des victimes.
C'est sur leurs déclarations, au cours de l'enquête et pendant l'audience, que s'est appuyé le procureur Descamps, citant des lettres dans laquelle la jeune fille, alors âgée d'une dizaine d'années, décrivait des repas de famille chez sa grand-mère au cours desquels les sept accusés "pariaient sur elle". A plusieurs reprises, elle raconte ainsi avoir été violée par ses oncles.
L'avocat général s'est également lourdement appuyé sur "l'attitude" des enfants qui "tous, ou la plupart, se sont manifestés par des comportements sexués" dès leur placement en famille d'accueil, en 2001.
L'avocat général a fustigé "un univers, le quart-monde, presque une classe sociale", s'est offusqué Me Hubert Delarue, avocat de la défense. "C'est un réquisitoire d'avant-Outreau. Manifestement, il n'en a pas tiré les enseignements". Et d'ajouter: "C'est avec confiance que, dès demain, avec mes confrères, nous allons plaider l'acquittement".
"C'est un réquisitoire de funambules et de pompiers", a dénoncé Me Franck Berton, autre avocat de la défense. "On essaie d'éteindre l'incendie de ce dossier. On essaie de couvrir la détention provisoire subie" par les accusés. "On se retrouve aujourd'hui avec une montagne qui accouche d'une souris", a-t-il résumé. "C'est terrible mais on essaie de sauver l'institution judiciaire".
Me Marc Pantaloni, pour la partie civile, estime lui avoir entendu un "réquisitoire juste, dont peuvent se flatter les accusés parce que si l'instruction s'était déroulée de manière plus approfondie, c'est un autre réquisitoire que nous aurions entendu".
Les plaidoiries de la défense débutent mercredi matin. Le verdict est attendu vendredi après-midi.
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