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Fini les robes vertes pimpantes, avec son pull gris et son terne pantalon jogging, Patricia M. voudrait peut-être passer inaperçue. Mais sa corpulence le lui interdit. Elle pose ses deux avant-bras adipeux sur la barre et, dŽune petite voix pleurnicharde, sŽapprête à jouer son rôle favori : victime. LŽinterrogatoire sur les faits de Franck V. son mari dŽalors, celui quŽelle nomme désormais «mon ex» (ils ont divorcé pendant lŽinstruction) ou «monsieur» venait de durer presque quatre jours (contre un initialement prévu) et sŽétait achevé lundi après-midi sur cette phrase : «Même moi, jŽarrive pas à comprendre moi-même.»
Pas facile, en effet, de sŽy retrouver pour les jurés de la cour dŽassises du Maine-et-Loire qui, à Angers, doivent juger 66 personnes accusées à divers titres dŽavoir abusé de 45 enfants. Franck et Patricia sont un des pivots du dossier. Lui, lŽun des principaux violeurs, elle, la comptable des ébats auxquels elle aurait participé de temps à autre. Devant la cour, Franck a constamment minimisé les faits, revenant sur ses déclarations à la police et au juge dŽinstruction, propos souvent recoupés par les témoignages des autres accusés, le tout permettant de reconstituer une centaine de scènes de viols, partouzes et agressions où les enfants, âgés de quelques mois à 11 ans, étaient en première ligne.
Hochement de tête. Pendant lŽinstruction, Patricia M. a livré le nom de dix-huit enfants qui venaient à son domicile participer à des séances. Mais «madame machin truc» (la juge dŽinstruction qui lŽinterrogeait) a mal noté : «CŽest des enfants qui venaient pour des anniversaires, des baptêmes, des Noëls.» Comme «monsieur», elle sŽen tient au régime minceur : lŽaveu minimum, reconnaissant sanglots, Kleenex avoir assisté à des scènes mettant en présence ses deux filles Marine et Inès, son fils Vincent, ainsi quŽEmma, une petite voisine quŽelle gardait souvent.
«Pourquoi il a fait ça ?» chuinte-elle. Le président Eric Maréchal lit une de ses déclarations : «Franck a pénétré Vincent dans lŽanus et Philippe V. (le père de Franck) sŽest masturbé sur Marine dans la chambre derrière le rideau.» Marine avait 4 ans, Vincent deux mois. «CŽest ça, le "ça" ?», demande le président. Elle hoche verticalement la tête en soupirant. CŽest la scène 46. Elle en reconnaîtra trois autres du même acabit où elle se donne son autre rôle favori : spectatrice. Donc passive (elle nŽaurait jamais touché ses enfants, jamais fait lŽamour devant eux...).
Autant de scènes mettant en cause les mêmes adultes : «Monsieur», Eric J. (un pédophile déjà condamné), Didier et Philippe R. «Quatre adultes qui abusent de quatre enfants, cela sŽappelle comment ?», interroge le procureur Ivan Auriel. «Cela sŽappelle des partouzes, des pénétrations», dit la bonne élève Patricia qui a appris ces deux mots au cours de ce procès ouvert début mars. Comme lŽavait fait Franck V., Patricia M. va charger son entourage. Son mari : «Un alcoolique, toujours bourré, raide», un «chaud lapin» et un «faux jeton» qui la cognait et cognait les mômes. Et elle, une femme «cocue» quŽil livrait «sexuellement» à dŽautres hommes. Elle charge aussi son beau-père, Jean-Claude M., qui lŽa violée.
Mais il y a lŽargent. «CŽest moi qui savais compter», dit-elle. Son mari ne savait ni lire ni écrire. «Mon mari mŽen remettait, je le mettais dans un petit sac à dos transparent qui appartenait à lŽun de mes enfants.» DŽoù venait cet argent ? «Eric J... des fois cŽétait... je ne peux pas parler.» «Combien ?» insiste le président. «Ça dépendait des week-ends, de ce quŽils avaient en poche.» Le père de Franck (qui reconnaît les faits) donnait aussi de lŽargent. Le président ne demande pas à Patricia comment «ça» sŽappelle. Le mot proxénétisme est difficile à dire. Elle se renferme. Se tait quand lŽavocat général adjoint Philippe Toccanier lŽinterroge sur la présence dŽhommes cagoulés dans la chambre de ses filles. «Ce nŽest pas la peine dŽinsister», esquive-t-elle en minaudant. LŽavocat général Ivan Auriel se lève, elle le regarde : «Vous encore moins !» CŽest au tour de lŽavocat de Franck, Me Rouiller. Il ouvre à peine la bouche : «Non, je ne répondrai pas à vos questions !» La salle (accusés, policiers, avocats, journalistes) finit par rire de ce comique de répétition. Elle aussi rit. JusquŽau fou rire. Nerveux ?
Gloussements. Le président suscite quelques gloussements quand il précise que lŽargent des séances avait servi, entre autres, à financer «un voyage de trois semaines en Mayenne». Là même où dŽautres présumés pédophiles viennent dŽêtre mis en examen dans un dossier qui ne serait pas étranger à celui dŽAngers.
La nuit et sans doute son avocate, Me Monique Vimont, auront porté conseil. Hier à la barre, Patricia M. a livré dŽautres noms dŽenfants abusés chez elle : Lucie, Anne, Yves, Mathias, Benoît, Luc, Solange. Sodomisés, contraints à des fellations par des adultes dont elle donne aussi les noms, autres que les quatre susnommés. Ferme : «Je confirme que mon mari prostituait mes enfants.» Indignée : quand «ils» partaient, «ils donnaient quelque chose à monsieur». Pas à elle.
En fin dŽaprès-midi, au milieu dŽun flot de larmes «sincères», croit deviner lŽavocat général , le théâtre cède. Un peu. Patricia passe aux actes, les siens enfin. Elle avoue avoir enfoncé son doigt dans lŽanus de sa fille cadette, scène décrite par son «ex» et quŽelle niait. Est-ce que sa fille criait ? «Oui. Elle disait dŽarrêter.» |
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