Dans lobscurité naissante, jattends le sommeil
Jai voulu commencer par la fin. Ou presque. Celle qui a failli être. J'ai voulu laisser une lettre à lhomme que jaime, parce que ma mémoire sétait révélée à moi trop brusquement : elle ma rappelé ce que javais cherché à oublier pendant huit ans : un viol.
La conscience humaine supporte un fardeau dune si lourde horreur,
quelle ne peut sen décharger que dans le tombeau.
E. A. Poe « Lhomme des foules »
Quand jai réalisé que ce que je croyais être une terrifiante agression, était en fait lanéantissement même de ma vie, je me suis laissée tomber. Le secret de ma chair
Cette partie de moi qui sétait toujours refusée de voir la vérité, qui sétait efforcée de croire que tout allait pour le mieux, cette partie sexposait soudain à une brutale vérité. Il me fut impossible de me raccrocher à quoi que ce soit : je ne rencontrais que le vide, insondable et mortel. Et quand il ny a plus despoir, il ny a plus de vie. Il ne reste plus aucun autre choix que de mourir... On pense au suicide lorsquon a perdu sa liberté de vivre.
Si je navais pas écrit cette lettre, je naurais pas été retenue par la sensation de la présence de Stan à mes côtés. Cest ainsi que le 15 octobre 1999, je lui ai écrit en pensant ainsi nous libérer tous les deux de cet horrible fardeau. Et seul lamour que je ressentais pour lui ma retenue, mince fil tendu entre nous qui ne voulait pas se rompre.
Je me suis « confiée » à Stan en novembre, sur ce qui métait réellement arrivé. Cest en fait surtout lui qui ma posé des questions, et jai répondu comme jai pu. Puis je lui ai fait lire cette lettre le 20 janvier suivant, à la suite dun malentendu : il a compris que javais recommencé, que javais une fois encore tenter de me suicider, et je me suis finalement expliquée. Cétait un soulagement que de le lui dire enfin, mais aussi effrayant... La vulnérabilité fait mal.
Il a dabord refusé de la lire : il voulait même que je la détruise. Je nai pu que lui demander pardon... Il la finalement lue, puis il est venu sallonger tout contre moi, sans rien dire...
Je lui ai fait la promesse de ne plus jamais recommencer. Difficile promesse
La lame est tentatrice, la voiture qui passe est comme un appel, le vide maspire, et les médicaments sont à portée de main (jai une véritable collection danti-dépresseur, pour nen avoir supporté aucun). Il me faut résister à chaque pulsion, à chaque souvenir, à chaque cauchemar. Cette promesse est une torture de plus, qui me permet en fait de me faire davantage de mal, allant de la mutilation à la grève de la faim inconsciente. Je men sers pour me punir davantage.
Si la vérité en ce cur périssable
Pouvait émouvoir les puissances den haut
Je crois que lamour que je te porte
Devrait tempêcher de mourir.
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