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Samedi 4 juin 2005

La Cour d'Assises du Var a condamné vendredi un pédophile de Reims âgé de 25 ans à dix ans de réclusion criminelle pour les viols et les agressions sexuelles commis sur son frère, âgé de 6 ans au moment des faits, révélés à la suite de la diffusion d'images par internet.

Dans ce dossier dont l'instruction n'est pas terminée, on a appris vendredi de source judiciaire à Draguignan qu'une cinquantaine de personnes de toutes origines sociales originaires de diverses régions en France ont été mises en examen par le juge d'instruction de Toulon.

La Cour a en outre ordonné au condamné un suivi socio-judiciaire de dix années, avec la menace d'une peine de prison de trois ans supplémentaires pour le cas ou cette disposition ne serait pas respectée.

L'avocat général Jean-Pierre Buffoni avait requis treize ans de réclusion criminelle et les mêmes obligations judiciaires.

Dans son réquisitoire, le magistrat a vivement dénoncé la "pédocriminalité", soulignant que "la lâcheté prime dans le monde virtuel où il est facile de commettre des délits et où il est rare de se faire prendre. Un monde où ce que l'on voit à l'image, on le fait subir à son petit frère".

L'affaire avait éclaté en décembre 2002, dans le cadre de l'enquête baptisée "Forum 83", ouverte dans le Var à partir des activités d'un habitant du Beausset qui avait ouvert un site pédophile.

Les avocates du pédophile, Hélène Sorin-Attimont et Noëlle Rouvier, avaient réclamé la compassion envers leur client qui "n'a rien caché" et qui est en définitive "un malade ayant besoin d'aide".

"Je reconnais les faits. Je ne sais pas quoi répondre pour les expliquer. Je suis suivi par un psychologue. Je pense que le passage à l'acte a été facilité par la prise de drogue et d'alcool", avait déclaré l'accusé en début d'audience.

Ensuite, posément, il s'est appliqué avec minutie à redonner aux faits l'évidence qu'il avait maladroitement masquée tout au long de l'enquête, puis de l'instruction.

Il a avoué avoir violé entre l'été 2001 et 2002 à plusieurs reprises son demi-frère, alors âgé de 6 ans. A l'aide de son appareil numérique il avait photographié l'une des scènes qu'il avait ensuite mise sur Internet.

Il a reconnu s'être connecté à des sites pornographiques et pédophiles afin de télécharger des photographies et des vidéos.

Pour la partie civile, le bâtonnier de Reims Me Jacky Lechesne s'est attaché à récuser les excuses de "la drogue et l'alcool" avancées par l'accusé puisqu'il "a toujours pris conscience qu'il était le seul responsable de ses actes".

Avant que les jurés se retirent pour délibérer, l'accusé a demandé pardon à son petit frère et à leurs parents.

par AFP - lub/ag/mmr publié dans : LES PEDOPHILES, LES VIOLEURS......
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Samedi 4 juin 2005

L’inceste ne se limite pas au viol génital. Certaines situations ambiguës sont tout aussi destructrices. La victime ne peut mettre de mots sur sa souffrance.


"C’est vrai que mon père s’arrangeait toujours pour entrer dans la salle de bains quand je m’y trouvais… C’est vrai que je ne supportais pas la façon dont il regardait mes seins… Mais quand même, il ne faut pas exagérer, il ne m’a jamais violée ! "

Les déclarations de ce genre, les psychanalystes les connaissent bien, les médecins généralistes et les gynécologues aussi.

Et tous savent à quel point il est important qu’ils réagissent à l’énoncé de tels propos. Car le " soignant " qui, face à ce " il ne m’a pas violée ", se tairait, se trouverait, quoiqu’il en veuille, en position d’apporter sa caution à une idée redoutable : celle selon laquelle l’inceste ne commencerait qu’au viol génital. Une idée à laquelle bien des " patientes " s’accrochent, parce qu’elle leur permet d’exorciser leur angoisse : " Mais non, mon père n’était pas incestueux. " Mais qui les laisse sans repères pour décrypter leur souffrance.

Ces femmes sont d’ailleurs d’autant plus attachées à leurs convictions que celles-ci font l’objet d’un certain consensus. En effet, malgré tout ce qui peut se dire et s’écrire sur le sujet, le public a encore majoritairement comme représentation de l’inceste celle de relations sexuelles entre un père et sa fille.

Dans la réalité, les choses sont autrement plus complexes. Car si l’inceste ne commence pas au viol génital, il ne se limite pas non plus aux relations père-fille.

– Les pères ne sont pas les seuls " abuseurs ". Le sont également des mères, des oncles, des grands-pères, des beaux-pères, des amis intimes de la famille.
– On oublie aussi trop souvent l’inceste entre frère et sœur, qui fait beaucoup plus de ravages qu’on ne le croit.
– L’inceste n’est pas forcément hétérosexuel : il peut être également homosexuel (mère-fille, père-fils).
– Il ne touche pas seulement les enfants " grands ", mais aussi les " petits " – les enfants de moins de 5 ans –, et parfois même les bébés.

Les actes incestueux sont, eux aussi, multiples. Si l’on peut, en effet, violer le sexe ou l’anus d’un enfant, on peut également utiliser sa bouche, sa main, sa peau – en se masturbant sur elle, par exemple –, son regard en s’exhibant devant lui ou en le faisant assister à des scènes sexuelles, ses oreilles en faisant en sorte qu’il entende les bruits de la chambre parentale, son corps entier, ses émotions et sa sexualité en faisant de lui le " partenaire " de jeux sexuels d’adultes.

Tous ces actes qui n’impliquent pas le viol génital sont pratiqués d’autant plus fréquemment par les parents incestueux que, s’ils laissent dans le psychisme de l’enfant et dans sa sensibilité corporelle des traces indélébiles, ils laissent en revanche son corps indemne de toute " marque " pouvant servir de preuve en justice.


Les “climats incestueux”

Mais l’inceste ne se limite pas non plus à cette longue liste d’actes, car, à côté de l’inceste que l’on peut dire " avéré ", il existe tout ce que l’on a coutume de regrouper sous le terme de " climat incestueux ". C’est-à-dire toute une série de comportements – gestes, attitudes, regards, etc. – qui provoquent chez l’enfant ou l’adolescent malaise et angoisse sans qu’il puisse vraiment situer les causes de son mal-être.

De ces " climats incestueux ", on pense souvent qu’ils sont " moins graves ". C’est une erreur : ils sont, en fait, extrêmement destructeurs. Leur caractère flou et imprécis les rend " sans limites ", sans contours définis. L’enfant, et plus tard l’adulte, ne peut donc pas dire : " On m’a fait ça " et se reconnaître, avec un sentiment de légitimité, victime. D’autant que, s’il interpelle l’adulte, celui-ci peut toujours nier : " Mais enfin tu rêves ! Qu’est-ce que tu vas chercher ? ", ou même lui " retourner le compliment " : " Tu as vraiment l’esprit mal placé ! "

De ce fait, ces " climats incestueux " se présentent toujours, en analyse, comme des pièges parfaitement verrouillés. Comment les ouvrir ? En comprenant qu’un certain nombre de critères permettent de définir ces situations.

Une érotisation de la relation

Le premier de ces critères est celui de l’érotisation de la relation parents-enfants : les sentiments qui les unissent ne sont pas chastes. Ils sont fortement teintés de sexualité. Et ce, sans que les uns et les autres en soient forcément conscients.

Cela peut être le fait de parents qui répètent, ainsi, une enfance dans laquelle l’interdit de l’inceste n’a pas été clairement posé. Ils savent consciemment que leur enfant ne peut être pour eux un objet sexuel mais, inconsciemment, ils l’ignorent ou le refusent. Cela donne, par exemple, des pères dont l’attitude face à leur fille est ambiguë. Le désir n’est pas totalement absent des regards qu’ils portent sur elle. Les baisers ont tendance à glisser de la joue à la bouche, les mains à s’attarder, etc.
Mais cela donne aussi bien des mères qui jouent les coquettes avec leur fils adolescent, essayant leurs robes devant lui et cherchant manifestement à provoquer chez lui une " admiration " qui les " narcissise ", qu’elles ne trouvent pas ou ne cherchent pas ailleurs.

De la même façon, on reste parfois dubitatif devant le récit de certaines " bagarres " entre pères et fils. Dans des familles où ce corps à corps quotidien et sans mots – " Ils se roulent tout le temps par terre tous les deux, ils adorent ça ! " dit la mère – n’est manifestement pas un jeu occasionnel, mais le seul mode de relations que pratiquent les deux protagonistes. On reste dubitatif, car on est fondé à se demander quels émois – peut-être éprouvés jadis à l’adolescence – le père recherche, inconsciemment, dans ces joutes qui sont, de toute façon, toujours érotiques pour un enfant. Tous les patients adultes qui racontent ce genre de souvenirs en témoignent.

Les " climats incestueux " se définissent également par une série de " non-séparations ". Pour que l’interdit de l’inceste soit effectif, il faut, en effet, que le but de l’éducation donnée aux enfants soit leur sortie de la famille : " Quand tu seras grand, tu ne vivras plus avec nous. Tu auras une femme (ou un mari), une maison, un travail, etc. "

La mise en place de ce projet peut rencontrer des obstacles, car quitter sa famille – passer du " dedans " au " dehors " – implique qu’elle soit " quittable ", c’est-à-dire que le " dehors " n’ait pas été présenté comme si terrifiant qu’il soit impossible de l’affronter, et que l’on n’ait pas, en le rejoignant, l’impression que l’on détruit le " dedans " : les parents. De ce point de vue, ceux d’entre eux qui utilisent leurs enfants pour compenser les manques de leur vie rendent l’opération particulièrement difficile.


De la non-séparation des corps…

Mais pour effectuer le passage, il faut aussi que la façon dont il s’est structuré dans la famille donne à l’enfant la disposition de lui-même. C’est-à-dire lui permette de se sentir " un ", séparé des autres, " individualisé ", conscient de ses limites aussi bien corporelles que psychiques – " Je pense cela, je veux cela " –, reconnu et respecté comme tel par ses proches.

Un tel statut n’est pas possible dans toutes les familles. Certaines, en effet, ne fonctionnent pas comme un groupe d’individus séparés, vivant ensemble – et ayant plaisir à le faire –, mais comme un magma compact où tout colle avec tout, où chacun n’est pas " lui ", mais un morceau – indéfini – de l’ensemble. Dans ces familles, les " non-séparations " sont repérables à plusieurs niveaux :
- au niveau des corps : comme dans cette famille de quatre personnes où il n’y avait dans la salle de bains que deux serviettes, dont l’utilisation était précisément réglementée. L’une devait servir pour le " haut " – le haut du corps – de tout le monde (parents et enfants). L’autre pour le " bas " – le bas du corps – également de tout le monde. Dans cette famille – où ni le manque de moyens ni le manque d’hygiène ne pouvaient expliquer cette particularité –, le collage des corps entre eux et la promiscuité des sexes étaient organisés… par serviettes interposées.
- au niveau des intimités : c’est le cas des familles où l’on ne ferme ni la porte des WC ni celle de la salle de bains. Tout peut être vu en permanence par tout le monde. Les sensations corporelles et la construction du sentiment de soi sont parasitées par cette intrusion permanente du regard. D’autant plus ravageante pour l’enfant qu’il la ressent toujours comme l’effet d’un désir de ces parents : " S’ils ne ferment pas les portes, c’est qu’ils ont du plaisir à me regarder et à ce que je les regarde. "
- au niveau des têtes : lorsque les parents s’acharnent à vouloir tout savoir de leur enfant. Ils ne lui autorisent aucune " vie privée " : ils épient ses conversations, ouvrent son courrier, etc. L’enfant se trouve d’autant plus " possédé " – dans tous les sens du mot – par eux que, dans ce système, ne pas " tout dire " est assimilé à un mensonge.

Enfin, la non-séparation des sexualités peut se faire par les mots, l’adulte faisant de l’enfant le confident de ses aventures, par exemple. Mais aussi par des actes quand l’enfant est (situation déjà évoquée) témoin – par les yeux ou les oreilles – de la sexualité de ses parents. Et la situation est pour lui ravageante. D’abord parce qu’il finit toujours par guetter ce qui se passe et s’en sent coupable. Et surtout parce que, utilisant ce qu’il voit ou entend pour sa propre sexualité – c’est souvent une source d’excitation avec laquelle il se masturbe –, il devient, à distance, le partenaire sexuel de ses parents.


… à la non-différenciation des sexes

A côté de ces " non-séparations ", on trouve également, à l’origine des climats incestueux, une série de " non-différenciations " symboliques. Celles-ci peuvent concerner :
– les générations, le passage de l’une à l’autre n’étant pas clairement situé. L’enfant voit, par exemple, sa grand-mère paternelle rivaliser avec sa mère à propos de son éducation ou de la décoration de la maison ; ou le père drague les petites amies de son fils, etc.
– la place de chacun. L’enfant dort avec l’un de ses parents pendant que l’autre est relégué sur le canapé, il participe à toutes les conversations d’adultes et, parfois même, régente la maison, etc.
– les sexes : l’adolescent utilise sa mère – qui l’accepte – comme confidente, " conseillère ", voire complice, de ses aventures sentimentales. La fille va acheter ses soutiens-gorge avec son père, sur ordre de maman… trop occupée pour l’accompagner, etc.

L’inceste – sous la forme, en tout cas, du " climat incestueux " – n’est donc pas le seul apanage de quelques monstres égarés. Des centaines d’hommes et de femmes témoignent tous les jours, en analyse, de la façon dont il est venu arrêter le cours de leur existence. Car l’inceste agit sur la vie de la même façon que le froid sur le sang : il la bloque, il la fige.

Pourquoi, néanmoins, le dit-on et, surtout, le sait-on si peu ? Parce que reconnaître cette douloureuse vérité impliquerait que l’on admette trois idées :
– la " répétition " existe.
– la sexualité infantile existe.
– il n’est facile, pour aucun parent, de renoncer à la " possession " de son enfant.

Si l’on acceptait ces trois idées dérangeantes mais salutaires, ces trois idées héritées de l’enseignement de la psychanalyse, on serait sans doute plus à même de donner des repères aux parents et de protéger les enfants. Plus à même de mettre des limites au malheur.


LORSQUE L’ENFANT PROVOQUE

L’enfant cherche toujours inconsciemment – et Freud le souligne – à érotiser sa relation aux adultes. Certains, par exemple, refusent de se laver seul, alors qu’ils savent le faire, parce que l’aide de maman sous la douche à valeur de caresse. D’autres multiplient les " câlins " au-delà du raisonnable en faisant, au besoin, croire à leurs mères culpabilisées qu’ils souffrent d’un manque d’affection. Et, bien sûr, jouent gagnants si la mère en a souffert elle-même dans son enfance, etc.
Cette érotisation de la relation n’a rien de pathologique : l’enfant a envie d’être " tout " pour l’adulte et de tirer de lui, comme de tout ce qui l’entoure, le plus de plaisir possible. Cela fait partie de son développement normal et il ne peut, seul, se mettre des limites. C’est aux adultes de le faire. S’ils ne le font pas, l’enfant devient maître du jeu et trouve tous les moyens pour parvenir à ses fins.

 

par Claude Halmos - Stéphanie publié dans : TEMOIGNAGES
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