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Dans la Drôme, un chef de famille incestueux tué par sa femme et ses deux filles aînées.
Manuel Fonte-Rebelo, portugais, 36 ans, maçon au chômage et chef de famille tout-puissant, a été tué dimanche soir à coups de hachette, de masse et couteau de cuisine chez lui dans un village de la Drôme par sa femme Francine et ses deux filles aînées. Cinthia, 17 ans, n´était pas vraiment la sienne. Francine était déjà enceinte d´un autre lorsque Manuel l´a rencontrée dans une fête de village puis épousée en 1989. Mélina, 15 ans, fruit de leur union, a aussi participé au parricide. Les trois plus jeunes, deux gamines de 13 et 10 ans et le seul garçon âgé de 7 ans, dormaient à l´heure du meurtre mais ont été réveillés. Installé auparavant du côté de Vienne (Isère), Manuel Fonte-Rebelo a emménagé, l´été 2004, dans une maison qu´il construisait de ses mains à Saint-Barthélemy-de-Vals (1 800 habitants), à côté du cimetière. Il n´a pas eu le temps de finir le crépi.
«Dieu». Toute la journée du 14 août, les trois femmes ont cherché le moyen de supprimer celui qu´elles appelaient «Dieu». «Un homme tyrannique qui les coupait de tout, limitait les sorties, les accompagnait ou gardait toujours un enfant en otage auprès de lui, les surveillait en permanence et leur interdisait d´adresser un mot aux voisins», rapporte Me Maud Coudrais, avocate de la mère, selon laquelle «il avait monté une entreprise de domination assez totale sur sa famille», sans compter les «violences physiques». Selon Me Nicolas Poizat, défenseur de Cinthia, «son père lui a fait arrêter l´école à 16 ans et voulait qu´elle soit toujours présente à la maison». En dehors de quelques heures de ménage chez des particuliers, Cinthia n´échappait pas au joug paternel, pas même à ses désirs sexuels. «Les attouchements ont commencé il y a quatre ans, les viols il y a un peu plus d´un an, dans sa chambre à elle», dit son avocat. La mère, au foyer, n´a rien su, jusqu´à cet été. Le 20 juillet, il y a d´abord eu «la colère noire du père» quand Cinthia a reçu un SMS d´un garçon. Il l´a battue comme plâtre. Et puis sa cadette Mélina a deviné les coucheries de «Dieu» avec Cinthia qui lui a alors révélé le secret, remonté ensuite jusqu´aux oreilles de la mère.
Francine et sa tante Elisabeth soutiennent qu´elles ont alors essayé d´alerter «des autorités» sur les viols de Cinthia par le père, «soit la préfecture, les services sociaux, ou la police, la gendarmerie». Un représentant de la loi leur aurait indiqué que la victime devait se déplacer elle-même pour déposer plainte. Mais «pour Cinthia, ça ne suffisait pas de le dénoncer car il ressortirait et reviendrait», explique Me Poizat. Le juge d´instruction Legoater et les gendarmes de la brigade de recherches de Romans n´ont pas encore vérifié l´existence des démarches de l´épouse et de la tante. Un oncle de Francine qui le voyait au maximum «une fois par an» sait pourtant que «Manuel, c´était pas un gentil» : «Il est allé neuf fois en prison pour des bagarres, et la dernière fois pour avoir tiré sur un gars à Lyon». Le casier judiciaire de la victime ayant disparu avec sa mort, les enquêteurs vont devoir reconstituer son parcours de délinquant.
Courtaud et costaud, grand fumeur, le maçon, désoeuvré à la maison, a continué à semer la violence en famille et à abuser de Cinthia. Il exigeait de Mélina, sa fille de 15 ans, des «séances de massage le soir devant la télé, sans lui demander autre chose», selon une source judiciaire. «Il y a eu une telle accumulation», indique Me Coudrais, que la femme et les deux aînées ont décrété : «Il faut que ça s´arrête.» Pour Virginie Deneu, vice-procureure de Valence, «elles voulaient clairement s´en débarrasser car, selon elles, il faisait régner la terreur au sein de la famille. C´est un projet commun et résolu. Elles ont toutes trois participé à l´action».
Somnifères. Dimanche, elles mijotent le meurtre. Elles préparent trois armes, dont deux de ses outils de maçon. Elles décident de l´endormir avant de le frapper. Elles mettent des somnifères dans son dîner. Elles essaient d´abord dans son vin. Mais le patriarche le goûte, le trouve mauvais et ne le boit pas. Elles mélangent donc d´autres cachets à «son potage», précise un avocat, «de la soupe aux choux». Il plonge dans le sommeil sur le matelas, devant la télé. Cinthia lui assène un coup de hache sur la nuque. Mélina tape avec une petite masse. Francine, son épouse, le poignarde dans le dos avec le couteau. Elles lui fracassent le crâne, sectionnent l´artère aorte. Elles ont alors «entendu un bruit terrible» et ont compris que c´était fini. Il était 22 heures. Francine, «très calme», a appelé les gendarmes.
En garde à vue, elles ont tout expliqué sans s´énerver, sans regrets. Elles ont été mises en examen mardi pour assassinat, et incarcérées. Me Poizat a été sidéré par la «sérénité impressionnante» de ces trois meurtrières. Cinthia lui a dit : «La prison, c´est moins pire que ce qu´on peut vivre à la maison.» Selon Me Coudrais, la mère regrette «les conséquences de ce geste désespéré sur ses deux filles aînées et sur les trois petits» qui, hier, ont été placés. Mais Francine a toujours peur des foudres de «Dieu» : «C´est terrible, mais j´ai l´impression que quand je sortirai de prison, il sera là pour m´attendre.»
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