Un Belfortain âgé de 26 ans comparaît depuis hier à Lure devant la cour d'assises de la Haute-Saône et du Territoire pour viols et agressions sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans. La veille il témoignait en tant que victime dans le procès du pédophile de Grandvillars.
« On n'est pas forcément à l'aise aujourd'hui », expliquait hier Marie-Agnès Credoz, la présidente de la cour d'assises de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort au début du procès d'un jeune Belfortain âgé de 26 ans. L'homme qui comparaît pour viols et agressions sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans se trouvait en effet de « l'autre côté » au début de la semaine dans le procès d'un pédophile condamné à treize ans de prison ferme. De victime l'homme est devenu agresseur. De 1989 à 1996, année de son interpellation, le jeune homme a abusé de cinq garçons âgés de 8 à 20 ans à Grosne et à Grandvillars, sans compter de nombreux actes d'exhibition. « Une affaire là encore douloureuse et compliquée », soulignait Marie-Agnès Credoz, avant que ne commencent les débats.
Un autre visage
Débats au cours desquels l'accusé s'est montré sous un autre visage : « Je commence à me poser des questions sur vous, remarquait la présidente après une intervention de l'accusé. Vous n'êtes pas le même qu'hier.»« Hier il était ému, aujourd'hui il ne l'est pas, renchérissait Nicole Vittouris, médecin-psychiatre venue témoigner à la barre. Il se comporte complètement différemment, comme un agresseur.» Sans larme et sur un ton monocorde le Belfortain assis dans le box justifiait, hier, et minimisait ses actes, soutenant que certaines de ses victimes étaient consentantes. Il insistait sur son passé, les agressions sexuelles subies de l'âge de 12 à 22 ans, il parlait de son père, absent, à qui forcément il ne pouvait pas parler. Mais jamais il n'est revenu sur le traumatisme qu'il a fait subir aux cinq jeunes garçons. Cinq victimes sur lesquelles il exerçait parfois un chantage, parfois la menace. De jeunes voisins, des adolescents impressionnés par son statut de pompier volontaire et un garçon qui avait été présenté à l'accusé par le pédophile de Grandvillars en échange d'une liste de noms de mineurs consentants. « On a l'impression qu'il prend peu en compte ses victimes », résumait la présidente. Une attitude encouragée par sa propre soeur, victime d'agressions dès l'âge de huit ans, et qui niait hier ce que son frère avait spontanément reconnu au moment de son interpellation : « Je m'en rappellerai si cela avait eu lieu », soutenait la jeune femme âgée maintenant de 22 ans. Au sujet des attouchements répétés de son grand frère elle expliquait hier qu'il ne s'agissait que « D'un jeu. Je n'étais pas choquée et je ne le suis pas maintenant. Je n'y pensais pas trop.» Un refus de se replonger dans le passé partagé par une autre victime du jeune Belfortain qui n'a pas voulu se constituer partie civile. Les cinq victimes qui, elles, l'ont fait témoigneront aujourd'hui. Des victimes qui selon les rapports d'expertise entretiennent toutes un sentiment de honte et de culpabilité.
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