Daprès sa version, son seul tort est davoir eu quelques clients de sa maison dhôte, des personnes quiil na plus revues depuis une année, reconnus dans le tournage en question. "Je nai rien à voir avec cette histoire ", conclut-il. Mais, impitoyable, la ville ocre a déjà repris ses activités, la roue de lindustrie touristique, sa marche en avant, écrasant sur son passage les "imprudents", ceux comme R. qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment.
Après ce jugement, Marrakech espérait replonger tranquillement dans sa torpeur, bercée par la douce cadence des statistiques des arrivées et des nuitées touristiques. Un intermède qui permettrait aux uns de digérer ce fâcheux incident et aux autres de se convaincre définitivement que la ville ocre nest pas une destination sexuelle, quaprès le Tsunami, Marrakech, en reprenant une célèbre citation de Omar Jazouli, maire de la ville, nest pas la Thaïlande. Cest raté.
Moins dune semaine après le jugement, une secousse tellurique réveille une nouvelle fois lopinion publique de la ville. Cétait vendredi 10 mars 2006. Cette fois-ci, il sagit dune affaire de pédophilie. Un Néerlandais est pris en flagrant délit dans un appartement à Guéliz en compagnie dun mineur.
En double infraction vis-à-vis de la loi marocaine (pédophilie et homosexualité), le jugement devait avoir lieu vendredi au tribunal de première instance de Marrakech. Laffaire, assez rapprochée du démantèlement du réseau de la pornographie, intéresse de près la presse néerlandaise et de nombreuses associations dont Ecbat International. Cette organisation qui projette douvrir une antenne à Marrakech, est à la pédophilie ce que lOTAN est aux armées des pays membres du traité de lAtlantique Nord.
A loccasion du procès qui a lieu vendredi, des membres de lassociation entendent faire entendre leurs voix, aux côtés de celle de Khadija Anouar présidente de lassociation "Touche pas à mon enfant", afin que la justice fasse son travail. "Pour les cas dhomosexualité, ce nest pas notre problème, bien quen général nous luttions contre toute forme dexploitation sexuelle. Mais dès quun enfant est concerné, nous nous portons partie civile ", explique Mme Anouar.
Mais décidément, il était écrit que la Médina ne replongera pas de sitôt dans sa torpeur et ses soirées mondaines.
Deux jours après cette arrestation, uvre dune section de la brigade touristique, engagée dans la lutte contre lexploitation des mineurs, deux autres Néerlandais sont interpellés. Là aussi, en flagrant délit. Mais avec des jeunes marocains de 19 ans et plus. Lassociation "Touche pas à mon enfant" se garde bien dans cette affaire, de se porter partie civile. "Cela suffirait commente lavocat Mustapha Rachidi, qui connaît bien le dossier pour avoir défendu de nombreux clients, dameuter toutes les organisations de défense des droits de lHomme.
Ce qui dérange ici à Marrakech, précise-t-il, ce nest pas lhomosexualité, mais cet surtout la pédophilie.
Mais avec lhomosexualité aussi, une ville cosmopolite comme Marrakech se retrouve régulièrement dans des situations embarrassantes. Que doit-on faire lorsque un couple dhomosexuels mariés se présente devant un hôtel, certificat de mariage à la main ? "Nous avons besoin de concertations entre tous les décideurs de la ville, les opérateurs économiques pour nous poser un certain nombre de questions. En particulier, conclut lavocat, pour savoir si nous sommes toujours dans des cas, ou comme on le craint en présence de réseaux de pédophilie bien organisés ? ", conclut Maître Rachidi.
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