De l'interpellation des accusés fin 2001 au verdict de la cour d'assises du Pas-de-Calais vendredi qui a blanchi 7 adultes d'une même famille des accusations d'inceste, l'affaire d'Outreau II a été polluée par celle d'Outreau I, fiasco judiciaire conclu par 13 acquittements.
Une accusée a été acquittée vendredi et les six autres condamnés à deux ans d'emprisonnement uniquement pour avoir exposé sciemment leurs enfants à des images sexuelles ou pornographiques, alors qu'ils étaient accusés de viols et d'agressions sexuelles sur dix enfants de la famille.
Arrêtés au moment des interpellations de la "vague des notables" d'Outreau, les accusés habitaient pour la plupart dans le même quartier de la Tour du renard à Outreau, repaire du couple pédophile Delay-Badaoui et centre d'un mythique réseau dont l'existence a été démontée au cours des procès d'Outreau en 2004-2005.
En marge des accusations d'enfants s'est immiscée la même femme affabulatrice, Myriam Badaoui. Décrédibilisée depuis les procès d'Outreau, elle n'en a pas moins été un des piliers des charges pesant contre les accusés.
"Il y a eu des erreurs dans ce dossier mais il en est une qui n'a pas été faite: confondre les deux dossiers", plaide Eric Vaillant, magistrat chargé des relations avec la presse dans ce procès achevé vendredi. Cette affaire a été selon lui "traitée comme une affaire d'inceste classique" mais la justice ne pouvait pas écarter les accusations de Myriam Badaoui dans ce nouveau dossier.
Les trois frères, leurs concubines - trois soeurs - et la mère de ces dernières ont été "victimes de la chappe de plomb d'Outreau" à un moment où "souffle sur le tribunal de Boulogne-sur-Mer (où est instruit l'affaire) un vent de folie", a plaidé la défense au cours des trois semaines de procès. Cinq des avocats étaient déjà intervenus dans le premier dossier.
Dans les deux procédures, les mêmes enquêteurs mal formés au recueil de la parole des enfants, les mêmes assistantes sociales soupçonnées par la défense d'avoir "contaminé" les enfants, le même procureur sont intervenus et l'instruction a été décriée. Le juge Deborah Bohée de la seconde affaire n'est pas celui de la première, qui était Fabrice Burgaud, mais son expérience est similaire. Le résultat de son travail a été mis en cause au procès par toutes les parties au procès.
Six des sept accusés, emprisonnés pendant près de trois ans, ont été discrètement remis en liberté après le premier procès d'Outreau, "parce qu'il y avait le vent d'Outreau qui soufflait dans les oreilles du parquet général", dénonce Me Eric Dupond-Moretti, avocat d'un des accusés. Deux mois plus tôt à Saint-Omer, sept des 17 accusés d'Outreau avaient été acquittés.
Pour un autre avocat, Me Hubert Delarue, avec le report du procès - prévu initialement à l'automne 2005 - et la tentative de le délocaliser devant une autre cour d'assises, "faire croire que ce dossier est tout autre (que celui d'Outreau, ndlr) est une véritable supercherie". Dans ce contexte, Me Jérôme Crépin, avocat de Sylvain D, a estimé que le verdict de vendredi constituait "une opération de sauvetage: il fallait sauver la maison justice à n'importe quelle condition". Selon lui, "il n'y a aucun élément circonstancié et on arrive à les déclarer tous coupables (sauf une accusée). C'est la même malédiction que celle du premier dossier (d'Outreau), le combat continue".
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