De notre envoyée spéciale
Stupeur et incompréhension. Tels étaient les sentiments qui dominaient vendredi au tribunal de Saint-Omer, lorsquà près de 2 heures du matin la cour dassises a rendu son verdict: des peines allant de dix-huit mois à vingt ans de prison à lencontre de 10 des 17 accusés du procès de laffaire dOutreau. Stupeur dabord, de voir condamner sans aucune logique certaines des 13 personnes qui criaient leur innocence, et cela en dépit dune absence de charges qui a curieusement bénéficié à dautres parmi elles. Des charges, faut-il le rappeler, uniquement fondées sur les déclarations un temps contredites par elle-même de Myriam Badaoui et sur les accusations denfants dont la parole est vite apparue peu fiable. Incompréhension, ensuite, devant la disparité des peines comme devant leur allègement ou leur aggravation par rapport aux réquisitions. Cest ainsi que Thierry Delay, qui a réaffirmé à laudience «on nétait que quatre», a été récompensé de sa franchise par vingt ans de prison. Soit deux ans de plus que navait requis lavocat général (voir encadré). Tandis quil a été fait cadeau dune réduction de trois années de détention à son épouse, Myriam Badaoui, responsable pourtant de la mise en cause et de lincarcération de toutes les personnes injustement accusées. Myriam Badaoui, «une menteuse pour pas quelle prend toute seule», selon son fils Dimitri. Le couple a par ailleurs été déclaré coupable de proxénétisme aggravé, alors que le juge instructeur na jamais pu prouver que les Delay «vendaient» leurs quatre enfants à des tiers et que la thèse dun réseau de pédophiles sest effondrée dès les premières heures des débats.
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Autre bizarrerie dans ce verdict illisible, les quatre ans de prison au lieu des cinq requis, prononcés à lencontre dAurélie Grenon, elle aussi à la base dun grand nombre dincriminations infondées. Accusé des mêmes viols, agressions sexuelles et corruption de mineurs, son compagnon, David Delplanque, écope quant à lui de six ans de prison. Soit deux de plus quAurélie. Pourquoi? La jeune femme a-t-elle bénéficié de circonstances atténuantes parce que, telle sa voisine de pallier, Mme Badaoui, elle sest plainte de violences conjugales? Mystère. Si la condamnation des quatre principaux accusés étaient attendue, celle des six autres personnes piégées dans la nasse judiciaire reste parfaitement arbitraire. Labbé Dominique Wiel, par exemple: sept ans dincarcération contre quatre requis pour trois viols dit «furtifs», dénoncés tardivement dans la procédure par trois gosses du quartier et pour des agressions sexuelles sur deux enfants Delay, contestées par leur mère. Sur quels critères les jurés ont-ils décidé de la culpabilité du prêtre ouvrier? Mystère là encore. Les peines attribuées à Franck Lavier, à Thierry Dausque et à Daniel Legrand fils suscitent les mêmes interrogations. Le premier est condamné à six ans de prison pour divers attouchements et pour le viol de sa belle-fille Aurore dont lavait absous le ministère public. Le deuxième, soupçonné également dattouchements, voit, sans quon sache pourquoi, doubler la peine de deux ans de prison demandée lors du réquisitoire. Le dernier, jamais mis en cause par les enfants, recueille trois ans dincarcération dont un avec sursis contre dix-huit mois requis. Son père, présumé chef du «réseau», a eu plus de chance. Il est acquitté. Peu importe que les deux Daniel Legrand aient été propulsés dans ce dossier parce quun certain Dany, «le grand», était cité par des petites victimes. Lun est fautif, lautre pas. Reste, parmi les condamnés, lhuissier Alain Marécaux, acquitté dans laffaire dOutreau mais reconnu coupable datteintes sexuelles sur lun de ses fils, ce qui lui coûte dix-huit mois de prison couverts par la préventive. Vendredi, en rentrant chez sa sur après la lecture du verdict, cet homme qui nest plus que lombre de lui-même a tenté une nouvelle fois de mettre fin à ses jours. «Ma cliente a été innocentée, a déclaré au sortir du tribunal Me Eric Dupont-Moretti, heureux avocat de Roselyne Godard, la boulangère accusée de viol. Mais je pense aussi à ceux qui ont été condamnés sans preuves, avec la même vacuité et le même vide sidéral que celui qui pesait sur Roselyne Godard.» Pourquoi? Pour que linstitution judiciaire ne perde pas totalement la face après un fiasco qui pèsera lourd dans lidée que les citoyens se font de la justice? Mystère encore et encore...
Les décisions Sont condamnés à des peines de prison: Thierry Delay, vingt ans (dix-huit requis); Myriam Delay-Badaoui, quinze ans (dix-huit requis); David Delplanque, six ans (sept requis); Aurélie Grenon, quatre ans (cinq requis); Dominique Wiel, sept ans (quatre requis); Franck Lavier, six ans, conformément aux réquisitions; Sandrine Lavier, trois ans avec sursis (deux avec sursis requis); Thierry Dausque, quatre ans dont un avec sursis (deux ans requis); Daniel Legrand fils, trois ans dont un avec sursis (dix-huit mois requis); Alain Marécaux, dix-huit mois, conformément aux réquisitions. Sont acquittés: Roselyne et Christian Godard, Odile Polvèche-Marécaux, David Brunet, Karine Duchochois, Pierre Martel et Daniel Legrand père.
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